Pendant plus de trente ans, Letizia Battaglia a photographié l'emprise de la mafia sur la Sicile. Puis, pour exorciser cette violence, elle s'est mise à photographier les femmes.

Letizia Battaglia
Letizia Battaglia © Jacques Sierpinski

La photographie c'est se présenter comme personne, ce n'est pas le monde qui est plus intéressant que toi, c'est toi qui est intéressant avec "la camera", et tu vas chercher le monde.

Brigitte Patient a rencontré cette grande photo-reporter sicilienne lors de son passage à Toulouse pour le festival "Manifest’O" dont elle était l’invitée d’honneur.

Elle nous raconte sa vie, depuis le lit de sa chambre d’hôtel et commente des photos qui ont jalonné son parcours.

Éléments de parcours :

Letizia Battaglia est une pionnière du photojournalisme italien. Née à Palerme en 1935, elle se marie à 16 ans pour échapper à un père jaloux. Après dix-huit ans de mariage, elle quitte son mari pour changer de vie.

Les choses ont commencé comme ça, j’ai quitté mon mari pour l’aventure, je suis partie avec mes filles à Milan avec l’intention de construire une autre Letizia. Là, j’ai rencontré Pasolini et d’autres, et j’ai commencé à photographier Palerme.

Passée la nausée du premier corps ensanglanté, Letizia Battaglia suit les méfaits de la mafia pendant plus de trente ans. Plus tard, elle sera conseillère municipale et députée au parlement régional. Elle fera voter des lois contre la mainmise de la Mafia sur la ville de Palerme. Elle prolongera son action auprès des plus fragiles et des femmes, qui sont les premières à s'être mobilisées pour rompre l’omerta.

J'ai commencé à voir la violence dans ma ville avec une "camera" photographique dans les mains. J'étais jeune, j'étais femme, et ce furent des années très difficiles.

Un temps, il lui a fallu fuir Palerme pour se débarrasser de son obsession de la mafia. Letizia a aussi beaucoup photographié les femmes.

J'ai toujours ce rêve dans ma tête, dans mon corps, dans mon cœur, même si je suis fatiguée, cette envie de beauté qu'est la justice. Parce que la justice, c'est la beauté, parce que la justice gouverne ma vie.

Âgée aujourd’hui de plus de 80 ans, elle publie une "Anthologie" chez DRAGO. Letizia est sur le point de réaliser son rêve : l'ouverture d'un centre de photo international dans sa ville de Palerme.

Photos choisies :

On n’avait peu de temps pour chercher la gentillesse ou la beauté, mais je l’ai cherchée de toutes mes forces. C’est le cas des petites filles que j’ai photographiées avec beaucoup d’émotion, elles me rappellent ma propre enfance.

child with a ball, La cala neighborhood, Palermo, 1980
child with a ball, La cala neighborhood, Palermo, 1980 © Letizia Battaglia

J’ai longtemps pensé que les femmes valaient mieux que les hommes… parce qu’elles ne cherchaient pas la guerre…alors j’ai mis le corps nu de femmes vivantes devant des images de morts. C’était une manière d’exorciser mon obsession, je faisais ça pour moi, sans me prendre pour une artiste…

Reworking. The jasmine, 2004.
Reworking. The jasmine, 2004. © Letizia Battaglia

Cette photo représente mon échec par rapport à Graziella, parce que je pensais que l'amour pouvait sauver une personne

Graziella, Psychiatric hospital, Palermo, 1984
Graziella, Psychiatric hospital, Palermo, 1984 © Letizia Battaglia

Mes photos sont toujours en noir et blanc, au départ cela évitait le rouge du sang, mais surtout, le noir et blanc pour moi, c’est l’élégance.

Patrizia gives birth to Marta, Palermo, 1995
Patrizia gives birth to Marta, Palermo, 1995 © Letizia Battaglia

Vous pouvez retrouver le travail de Letizia Battaglia :

Programmation musicale :

  • PNL, "Dans la légende"
  • The Pixies, "Tenement song"
  • Patti SMith, "Gloria"
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