Le magazine de la photographie s'ouvre avec une question posée par Robert Doisneau « Un photographe est-il lui-même une vivante surface sensible ?».

Le photographe Jean Louis Courtinat (qui a d'ailleurs été l’assistant de Robert Doisneau à l’Agence RAPHO pendant 12 ans) l'est sans aucun doute. Ses photographies saisissent une humanité que l’on refuse le plus souvent de toucher du doigt, des yeux. Comment faire son métier de photographe avec l’humain dans ce qu’il a de plus faible, de plus friable, de plus démoli ?

Depuis 1987, Jean Louis Courtinat photographie pour changer notre regard, pour combattre aux cotés de ceux que la société malmène.

Egalement présent en studio, Vincent Josse pour son livre "l’Atelier" chez Flammarion ou l’on découvre un Vincent Photographe.

Jean-Louis Courtinat en studio, 2013
Jean-Louis Courtinat en studio, 2013 © Anne Audigier/Radio France

Photos choisies par Jean-Louis Courtinat

Portrait de Ginette
Portrait de Ginette © Jean-Louis Courtinat / Jean-Louis Courtinat

"Je suis Madame Jacquet. Tout le monde m’appelle Ginette. J’ai été abandonnée quand j’avais trois mois. J’ai vécu en famille d’accueil. En 1973, j’ai été Miss France. J’ai connu les honneurs et la gloire. A cette époque j’étais coquette. J’avais une taille de guêpe et de la conversation.J’adorais mon mari. Quand il est mort, ça a été la descente aux enfers. La rue, les foyers. Aujourd’hui j’en suis toujours pas remise.J’ai été récupérée par « les petits frères des Pauvres ». J’étais dans un sale état. Ils ont refait tous mes papiers. Ils m’ont trouvé une chambre à l’hôtel. Mon problème c’est que je suis très seule. J’ai l’impression de ne pas exister. Je peux rester plusieurs jours au lit sans voir personne. Quand je suis trop désespérée, je retourne dans la rue pour voir mes copains de galère. C’est con à dire mais ils me manquent. C’est ma famille. Avec eux je me sens en sécurité.Souvent je pense à mon pauvre mari. Je me demande ce qu’il dirait s’il me voyait dans cet état. Moi sa Ginette, son ancienne Miss. "Ginette

Portrait de Nadia
Portrait de Nadia © Jean-Louis Courtinat / Jean-Louis Courtinat

"Je suis Nadia Thibout-d’Anesy. Une noble. J’ai fait beaucoup de conneries dans ma jeunesse. Mes parents m’ont foutue dehors. Ils veulent plus me voir. Je m’en fiche.

J’ai vécu vingt ans dans la rue. On était toute une bande.

Moi j’étais la chef. Personne ne mouftait. On faisait la manche à Saint-Germain. Tout passait dans la picole.

On dormait gare du Nord ou dans les centres d’hébergement. Ils ferment tous le quinze mars. Nous on part pas en vacances. On crève autant en été qu’en hiver. J’ai fait plusieurs cures à cause de l’alcool. L'assistante sociale m'a envoyée chez « les petits frères ». C'est Nicole Marin qui s'est occupée de moi. Je lui dois tout. Elle m'a obtenu le R.S.A. et la C.M.U. Elle m'a trouvé une chambre à l'hôtel. C’est la première fois que j’ai quelque chose à moi. Au début c’était dur. J’étais angoissée. J’ouvrais les fenêtres. La rue me manquait. Je ne pouvais pas dormir dans mon lit. Je dormais par terre.Aujourd’hui, j’ai toujours mon trousseau de clefs autour du cou. J’ai peur de me les faire piquer. Je ne bois plus. J’ai décoré les murs avec des photos de Lourdes. Je regarde les feux de l’amour à la télé.Je fais mes courses chez ED.Souvent je vais voir mes potes de rue. Je leur remonte le moral. Ils n’ont aucune volonté. Ils touchent leur RSA, le 4 et le 6 y'a plus rien. Ils se plaignent mais c’est de leur faute. Comment j’ai fait moi ?"Nadia Thibout-d’Anesy

W E SMITH 1975
W E SMITH 1975 © Patrice Bouvier / Gamma-Rapho / Patrice Bouvier / Gamma-Rapho

Agenda

-Parution de la REVUE 6 mois : N°5 Printemps/Eté 2013 "la fureur de vivre" et l’Exposition 6 mois en 4 histoires à la galerie la petite poule noire à Paris jusqu'au 13 avril.

-Une exposition des photographies de Guillaume Herbaut au Carré d’Art à Chartres de Bretagne , La zone …. Juqu’au 13 avri.

-Une exposition à la Galerie Vu à Paris : Alain Bizos « en toute liberté » jusqu’au 11 mai.

-Une exposition à la galerie Fait et Cause à Paris, "L’Une et l’autre" - Fragments de l’imaginaire de femmes en quête d’identité , c’est le travail photo de 15 femmes qui dans le cadre d’ateliers initiés par l’association 100 VOIX, sont parties à la recherche d’elle mêmes…. Sarah Moon… Flore Aël Surun de Tendance Floue ont travaillé sur ce projet ; à voir jusqu’au 19 avril.

-Les rencontres photographiques l’œil Urbain à Corbeil Essones , avec notamment les trajectoires urbaines de Jean Christophe Bechet ; tout le programmes de ces rencontres expositions débats sur le site www.loeilurbain.fr, jusqu’au 27 avril.

-Les photographies de Denis Brihat exposées à Brest jusqu’au 18 mai au Centre Atlantique de la Photographie.

Les liens

Site de Jean-Louis Courtinat

L'atelier de Jean-Louis Courtinat sur France Inter

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