Deux amoureux de la photo rejouent 120 images cultes. Une réflexion sur la fabrique des icônes, entre hommage aux maitres, humour et tendresse. Exercice réjouissant!

Catherine Balet et RIcardo Martinez-Paz
Catherine Balet et RIcardo Martinez-Paz © Françoise Balet

Mon souhait été de créer mon propre musée de la photographie.

Catherine Balet

Catherine Balet
Catherine Balet © Radio France / Fanny Leroy

Itinéraire artistique

Diplômée de l’Ecole des beaux-arts de Paris, Catherine Balet manipule les pinceaux avant de se lancer dans la photographie au début des années 2000. Son travail photographique prend une dimension sociologique avec ses portraits d’adolescents, notamment avec sa série Identity, qui immortalise le vestiaire des lycéens issus des quatre coins de l’Europe : à la sortie de leurs établissements. Avec Identity 2, ils revêtent des costumes traditionnels, et dans Identity 3 les femmes se voilent religieusement. Portraits et dress-codes mènent à la question de l’identité qui rythme son œuvre. Aujourd’hui, cette identité passe justement par les réseaux sociaux et les nouvelles technologies. Dans Strangers in the Light, elle s’inspire de la peinture classique tout en truffant ses images d’écrans (ordinateurs et smartphone) d’où émanent une lumière bleutée et froide. Elle saisit le paradoxe de notre société entre "hyper-communication" et profonde solitude. Les séries Identity (2006) et Strangers in the Light (2013) ont été édité chez Steidl. Ses travaux ont parus dans de nombreux magazines comme Géo, Le Monde, L’Express, Libération, The Guardian, Elle ou encore Numéro. Catherine Balet travaille également pour la mode, entre Paris et Londres. Elle vient présenter son dernier travail mené avec Ricardo, Looking for the masters, dans lequel elle questionne la fabrique des icônes en re-visitant l’histoire de la photographie.

Ricardo Martinez Paz

Ricardo Paz
Ricardo Paz © Radio France / Fanny Leroy

Eléments de parcours

Né en Argentine en 1940, et installé en France depuis 1976, (le pays de sa deuxième naissance) Ricardo Paz Martinez est un jeune homme de plus de 70 ans discret élégant et riche d'un univers personnel plein de fantaisie. Il passe par le théâtre et le music-hall, fait des claquettes, tombe amoureux d’Audrey Hepburn et d’Eva Péron, travaille comme styliste dans la photographie, croise nombre de célébrités parmi lesquelles Andy Warholl, David Hockney, Roland Topor, Jane Birkin, Charlotte Gainsbourg… et Catherine Balet dont il est devenu le délicieux complice du projet Looking for tthe masters.

Looking for the masters, l’aventure

Une photo iconique c’est une image qui est restée dans l’inconscient collectif. Qu’est ce qui fait qu’une photo traverse le temps? C’est un peu mystérieux… c’est une question que j’explore avec cette série. C. Balet

Catherine Balet : Ricardo était la personne parfaite, c’est un caméléon, capable d’interpréter une femme ou un enfant avec aisance sans jamais devenir une caricature ou sombrer dans le burlesque.

Ricardo Paz Martinez : Ce livre c’est le fruit d’une rencontre magnifique ! Catherine Balet a fait sortir de moi des choses insoupçonnées.

Le point de départ est un jeu débuté à Arles en 2013 entre deux amis, Ricardo, un dandy de 76 ans et son amie Catherine Balet, photographe. L’allure de Ricardo, (marinière et crane glabre) rappelle à Catherine Balet la fameuse photo de Picasso par Doisneau. Ils rejouent cette image de Picasso attablé, avec deux petits pains en guise de mains, se prennent au jeu et continuent à réinterpréter les images iconiques des photographes exposés cette année là à Arles : Sergio Larrain, JH Lartigue, Guy Bourdin… Les images atterrissent sur facebook et suscitent un engouement immédiat, c’est la naissance du projet, Looking for the masters.

Photos Choisies

C. Balet : Cette image est, parait-il, le poster le plus imprimé depuis les années 50… léger détail, Ici c’est un homme qui embrasse un homme...

Hommage à Robert Doisneau, Baiser de hotel de ville, 1950, 2014
Hommage à Robert Doisneau, Baiser de hotel de ville, 1950, 2014 © Catherine Balet

Ricardo : il y eu des moments de doute où je craignais le ridicule… j’ai signé un papier pour limiter l’aventure à 100 photos… finalement Catherine m’a entrainé jusqu’à 120 photos.

Hommage à Diane Arbus, A Young Man in Curlers at Home on West 20th Street, N.Y.C., 1966, 2013
Hommage à Diane Arbus, A Young Man in Curlers at Home on West 20th Street, N.Y.C., 1966, 2013 © Catherine Balet

Le jeune homme de l'image originale de Diane Arbus a 25 ans, j'en ai 75 au moment où je pose... Cette image m'a mis dans un état mélancolique. Ricardo Martinez Paz

Hommage à Willy Ronis, Le petit Parisien, 1952, 2014
Hommage à Willy Ronis, Le petit Parisien, 1952, 2014 © Catherine Balet

Catherine Balet : "On déteste ce qui est faux, on a parfois travaillé selon le rythme de la pousse des cheveux de Ricardo par souci d’authenticité."
Ricardo Martinez-Paz : "Il y a eu un travail de préparation considérable pour cette image, on a demandé à un boulanger de fabriquer une baguette d’1m50. On a cherché des vêtements étriqués et élimées chez des fripiers. Et puis je porte des chaussures dorées... elles m’accompagnent depuis une vingtaine d’années."
Catherine Balet : "Les chaussures dorées c’est aussi le symbole de la photo vintage comme valeur refuge."

Hommage à Edouard Boubat, Remi écoutant la mer, Paris, 1995, 2013
Hommage à Edouard Boubat, Remi écoutant la mer, Paris, 1995, 2013 © Catherine Balet

C’est la seule photo où j’ai plongé dans ma propre enfance, j’en suis sorti en pleurs… Ricardo

Hommage à Robert Cornelius , 1839 / Tendance des portraits altérés, 2015
Hommage à Robert Cornelius , 1839 / Tendance des portraits altérés, 2015 © Catherine Balet

EXPOSITION

Looking for the masters
GALERIE THIERRY BIGAIGNON - 9 rue Charlot 75003 Paris (du 7 septembre au 29 octobre 2016)

Pour son galeriste Thierry Bigaignon, ce travail est particulièrement intéressant car il s’inscrit dans une réflexion profonde et légitime : « Que ce soit Ellen Kooi, Alex Prager, Tom Hunter ou plus récemment Sandro Miller, nombreux sont les artistes qui ont, à un moment donné, rendu hommage à leurs pairs, mais jamais un artiste n’avait couvert un spectre aussi large que Catherine Balet (176 ans de photo). Son approche anthropologique, la rigueur et la précision dont elle fait preuve, tout comme la tendresse et l’humour qui se dégagent de ce travail, font de cette exposition un must absolu pour tout amateur de photographie ».

Hommage à Nan Goldin, Nan and Brian in bed. NYC, 1983, 2014
Hommage à Nan Goldin, Nan and Brian in bed. NYC, 1983, 2014 © Catherine Balet

J’étais souvent en colère en photographiant, j’avais sous les yeux les originaux et je cherchais à retrouver la magie de l’image initiale… C. Balet

LIVRES

_*Looking for masters in Ricardo’s golden shoes, Edition Dewi Lewis
*_Cet hommage prend ses racines dans une réflexion plus fondamentale sur le sens de la représentation de soi, puisée dans la réalité des autres, et sur l’appropriation à grande échelle des images via Internet. 120 photos qui interrogent la notion de mémoire…

Hommage à Robert Doisneau, Les Pains de Picasso, 1952, 2014
Hommage à Robert Doisneau, Les Pains de Picasso, 1952, 2014 © Catherine Balet

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La programmation musicale

Dionysos - Chanson d'été (Columbia, 2016)
Jack White - City lights (Beggars, 2016)
Kelis - Trick me (Virgin, 2015)

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