La finlandaise Elina Brothérus, semble peindre avec la lumière, elle expose au pavillon Populaire de Montpellier. Gilles Mora, nous livre ses images américaines avec Antebellum.

Autoportrait
Autoportrait © Elina Brotherus

Elina Brotherus, peintre de la lumière

« Quand je me photographie, c’est moi mais en même temps ce n ’est pas moi… C’est la condition humaine que j’essaie de décrire » Elina Brotherus

Eléments de parcours

Elina Brotherus est née en 1972 à Helsinki et partage sa vie entre la Finlande et la France. Après des études scientifiques, elle passe un master en photographie à l’université des Arts et du Design d’Helsinski. Avec la photographie, et plus récemment la vidéo, Elina Brotherus explore le paysage émotionnel, les sentiments de l’individu et tente de déterminer comment celui-ci devient une partie de l’ensemble formé par les autres. Avec un langage délibérément structuré, elle travaille sur sa propre personne à partir des événements de sa vie. Bien que les autoportraits dominent son œuvre, elle n’interprète jamais de rôles et ne crée pas de mises en scène ; ses paysages révèlent tout autant la nature que ses sentiments. Depuis ses débuts, elle procède par séries, chacune de ses séries aborde les thèmes qui lui sont chers, qu’il s’agisse du rôle de l’amour dans le couple, de la perception du corps, de ses blessures intimes (son incurable stérilité) ou encore de sa prédilection pour le paysage.

PHOTOS CHOISIES

Cette image d’autoportrait est aussi un clin d’œil à la difficulté que j’ai eu à mon arrivée en France, je n’avais pas les mots pour communiquer en français…

Reflet, 1999, Série suites françaises
Reflet, 1999, Série suites françaises © Elina Brotherus

Elina Brotherus est depuis toujours fascinée par le rapport que la photographie entretient avec la peinture, et la notion de Beauté.

Je ne veux pas induire de lecture précise mais laisser libre court aux interprétations. Pour moi le sujet vu de dos et une invitation à la contemplation partagée, il n’y a pas de confrontation, c’est une invitation au calme

à gauche, le voyageur contemplant une mer de nuages (Caspar David Friedrich, 1818) - à droite, Der Wanderer 2, de la série The New Painting (Elina Brotherus, 2004)
à gauche, le voyageur contemplant une mer de nuages (Caspar David Friedrich, 1818) - à droite, Der Wanderer 2, de la série The New Painting (Elina Brotherus, 2004)

Je n’aime pas particulièrement le sourire, le sourire est banal, quotidien, on le voit partout…Je travaille toujours avec la lumière naturelle, je découpe mon image dans ce qui existe.

Asperge, 2015, de la série Les Femmes de la Maison Carré
Asperge, 2015, de la série Les Femmes de la Maison Carré © Elina Brotherus

Gilles Mora

Eléments de parcours :

Professeur de Lettres, Gilles Mora découvre la photographie dans les années 1970 alors qu’il est parti enseigner le Français en Louisiane. Des années plus tard, son expertise sur la photographie américaine le consacre comme l’un des meilleurs spécialistes. Il rentre en France où il est nommé professeur à l'école normale d’Agen. Parallèlement, il photographie, publie, expose. En 1981, avec Claude Nori, Bernard Plossu, Denis Roche et Jean-Claude Lemagny, il crée la toute première revue critique "Les cahiers de la photographie ". "Tous les grands noms y signeront. En 1985, il lance le FRAC (Fonds régional d'art contemporain) à Bordeaux. L'année suivante, François Mitterrand fait appel à lui pour un partenariat entre la France et Atlanta. En 1989, Jack Lang le sollicite pour organiser des expositions de photos françaises aux Etats-Unis. En 1991, il est nommé directeur de collection au Seuil. Entre 1999 et 2001 il est nommé directeur artistique des Rencontres photographiques d’Arles et dirige depuis 2011 le Pavillon Populaire de Montpellier, l'un des lieux de référence pour les expositions photos et dont l’accès est totalement gratuit.

Ce touche-à-tout passionné a reçu deux prix Nadar, l'un pour "L'Histoire de la photo américaine (1958-1981)" et l'autre pour "Walker Evans ", son "photographe préféré". Il est le commissaire de l’exposition d’Elina Brotherus et signe Antebellum un très bel ouvrage de photographie, aux éditions La main donne.

PHOTOS CHOISIES

Ce n’est pas un livre documentaire, c’est un livre sur l’idée que je me suis toujours fait du sud. Avec La Main Donne j’ai pu produire le livre que je voulais. C'est le récit d'une errance américaine dans les années 70. Les États-Unis étaient semblables à une immense chambre photographique, tout le monde photographiait tout le monde, librement, sans aucune agressivité.

Two girls, Atlanta, Fox
Two girls, Atlanta, Fox © Gilles Mora

►►► POUR ALLER + LOIN

EXPOS

Elina Brothérus, La lumière venue du Nord

Au Pavillon Populaire de Montpellier - Espace d'art photographique  (Esplanade Charles de Gaulle)

Ce sont plus de 160 photographies qui investiront le Pavillon Populaire, montrant l'ensemble de l'œuvre photographique d'Elina Brotherus : de son travail d'abord très narratif réalisé à Chalon-sur-Saône en 1999 (Suite française), à son cycle de création plus formel qui renvoie aux grands thèmes de la peinture classique (The New Painting, 2000-2004 ), en passant par son rapport à la danse et à ses modèles (Etudes d'après modèle, 2007), jusqu'à ses dernières œuvres profondément autobiographiques (Carpe Fucking Diem, comprenant la douloureuse série « Annonciation », 2011-2013). Enfin, le public pourra apprécier son travail de vidéaste ; après avoir figé un état via la photo, Elina Brotherus y développe ses rapports au temps, à la lenteur, à la contemplation, dans une continuation et une complémentarité à son œuvre de photographe rares.

L'expo de Montpellier voyage:

  • Fotohof, centre photographique à Salzbourg, Autriche, le 24.novembre 2016-14 janvier 2017
  • Turku Musée d'art, Turku, Finlande, le 16 février 2017

Elina Brotherus sera également présente avec ses œuvres à :

  • Unseen, Amsterdam, une sélection de photographies de la série Carpe Fucking Diem, galerie camara oscura, Madrid, le 22-25 septembre
  • MAD Multiple Art Days à la Maison Rouge, Paris, une nouvelle édition, galerie gb agency, Paris, le 30 sept.-2 oct.
  • Paris Photo, une sélection de photos de la série Les Femmes de la Maison Carré, galerie Martin Asbaek Gallery, Copenhague, le 9-13 novembre

LIVRES

Elina Brotherus, la lumière venue du Nord,1997-2015. Textes de Gilles Mora, Editions Hazan

Catalogue officiel de l’exposition Elina Brotherus. La Lumière venue du Nord, au pavillon populaire de Montpellier. Elina Brotherus tente, avec l’appareil photo, d’appréhender les problèmes auxquels ont été confrontés les peintres depuis des siècles : lumière, couleur, composition, figures dans l’espace, projection du monde tridimensionnel en deux dimensions, autant de questions fondamentales dans tous les arts visuels. Parmi ses références, on trouve Caspar David Friedrich et ses paysages, Cézanne ou Degas et leurs baigneuses… Elina Brotherus, figure emblématique de la jeune photographie finlandaise et européenne, est exposée dans les plus grands musées occidentaux et l’on retrouve ses œuvres dans les plus prestigieuses collections internationales (collection Lambert, Saatchi collection Coédition Pavillon populaire de Montpellier/Editions Hazan. )

 Antebellum, Gilles Mora, Editions Lamaindonne

Antebellum South : désigne le sud-est – profond – des États-Unis, l’usage a retenu son sens désormais commun, pour ne pas dire réactionnaire : celui du refus de la modernité. Lorsque je m’y suis installé en 1972, et tout au long des années qui suivirent, durant lesquelles, seul ou à deux, je l’ai parcouru jusqu’à l’os, cette aspiration du Vieux Sud à gommer l’époque présente m’a fasciné. J’y ai planté avec jouissance et obstination tous mes fantasmes : sensuels, musicaux, littéraires, photographiques.

J’ai toujours couru aux basques du temps, saisissant chaque occasion bonne à le gommer, à faire oublier vers quel abîme il nous précipite. Antebellum, comme autant de domaines hantés…

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