Grégoire Korganow

Photographe engagé dans le réel, il prend le__ parti des opprimés, des invisibleset tente de donner à ressentir leur condition.

Grégoire Korganow conçoit ses images comme une invitation à regarder les failles, les apories, les désordres contemporains. Il s’intéresse au hors champ, à l’infime. Le corps, ses stigmates et ses métamorphoses sociales occupent une place centrale dans son œuvre.

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G Korganow au studio 521
G Korganow au studio 521 © / fanny leroy

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Je saisis l'indicible, le temps qui s'arrête, la vie en prison qui rétrécit ..."

Grégoire Korganow

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Grégoire Korganow Prisons
Grégoire Korganow Prisons © Korganow Grégoire

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  • Eléments de biographie

Diplômé des Arts Appliqués à l’école Estienne à Paris, Grégoire Korganow débute la photographie à 23 ans. En 1991, il part suivre les mutations de l’ancien bloc soviétique. Ce voyage initiatique scelle sa vocation et donne lieu à sa première exposition. En 1993, Libération publie ses images des émeutes de la Goutte d’or à Paris. C’est le début d’une collaboration qui dure plus de 10 ans. Cette visibilité lui donne accès à des publications dans de nombreux titres français et étrangers. Il devient membre de l’Agence Métis dès 1998, puis de Rapho en 2002. Il alterne séries personnelles et travaux de commande. Photographe engagé dans le réel, il prend le parti des opprimés, des invisibles — les mal-logés (1994), les sans-papiers (1995), les indiens Mapuche du Chili (« Révoltes » 2003),__ les victimes irakiennes (« Gueules cassées » 2010), les alcooliques (2011)… — et tente de donner à ressentir leur condition.

Attiré par le hors champ, il photographie les coulisses de l’élection présidentielle de 2002, des tournages de films X (« hardcorps » 2003) ou de défilés de mode (« Coulisses » de 2002 à 2008). Voyageur, il sillonne la Patagonie sur les traces des écrivains Luis Sepulveda et Francisco Coloane et « Patagonie, histoires du bout du monde » est publié aux éditions Solar (2003). Il déambule dans les rues de Tokyo en quête de rencontres improbables et crée « lost in Tokyo » en 2005. Christian Lacroix l’invite aux Rencontres photographiques d’Arles en 2008 avec « Coulisses » et « A côté », un travail sur la vie chaotique des familles de détenus. Parallèlement, il réalise des portraits de pères avec leur fils, un travail intime sur le temps, l’hérédité, la fragilité des corps. « Père et fils » est exposé depuis 2010 en France et à l’international.

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Grégoire Korganow Prisons
Grégoire Korganow Prisons © Korganow Grégoire

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PRISONS

Entre 2011 et 2014, Grégoire Korganow réalise, en qualité de Contrôleur des Lieux de Privation de Liberté, « Prisons », une série sur l’enfermement en France.

L'exposition visible à la MEP présente une centaine de photographies et montre pour la première fois le travail réalisé par Grégoire Korganow dans une vingtaine de prisons françaises. Sans pathos et loin de l’aspect anecdotique de l’histoire personnelle, c’est un travail à la fois sensoriel et très précis sur l’enfermement.

  • Le parloir
Korganow 1
Korganow 1 © G. Korganow

Les personnes détenues peuvent bénéficier de visites de leur famille et proches une à trois fois par semaine. Ces visites ont lieu au parloir.

Selon les prisons, le parloir peut être une grande pièce commune ou des boxes individuels. Les surveillants sont en mesure de regarder et d’écouter ce qui se passe à l’intérieur. Les prisonniers ne peuvent rien recevoir des visiteurs à part le linge propre. Les rapports sexuels sont interdits.

Jusqu’en 2013, dans la grande majorité des établissements, les détenus étaient fouillés à nu après chaque parloir, malgré la loi pénitentiaire de 2009. Cette pratique humiliante a été condamnée à plusieurs reprises par la Cour Européenne. Depuis janvier 2014, ces fouilles ne sont plus systématiques.

  • Vie quotidienne
Korganow 2
Korganow 2 © Grégoire Korganow prison / Grégoire Korganow

Les détenus peuvent acheter divers produits de consommation à la cantine.

La télévision est payante, entre 8 et 15 euros par mois selon les établissements.

Excepté dans les nouvelles prisons, peu de cellules disposent de douche. Celle ci est proposée dans des salles communes au rythme de deux à trois fois par semaines. Les conditions d’hygiène y sont souvent mauvaises et les agressions physiques fréquentes.

Les repas sont pris en cellule. Ils sont servis sur des plateaux individuels surnommés « la gamelle ».

Grégoire Korganow 3
Grégoire Korganow 3 © Grégoire Korganow prison / Grégoire Korganow
  • La promenade
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G Korganow 4 © Grégoire Korganow prison / Grégoire Korganow

Chaque personne détenue a le droit de se rendre quotidiennement en cour de promenade selon une fréquence et une durée qui varie selon le type d’établissement.

En maison d’arrêt, ce sont deux promenades par jour, une heure le matin, une heure l’après-midi. Dans les centres de détention et les maisons centrales, l’accès est libre à condition de respecter les créneaux horaires prévus. Les prisonniers doivent passer sous un portique métallique avant et après chaque promenade. Ils peuvent également être fouillés.

Les surveillants ne pénètrent pas à l’intérieur des cours de promenade qui sont de fait sous l’unique contrôle des détenus. Elles sont des zones de non droit où les passages à tabac, les règlements de compte, le racket sont fréquents. Les personnes les plus fragiles n’osent pas s’y rendre.

PERE ET FILS

Qu’est-ce qu’un père ? Qu’est-ce qu’un fils ? Quel est lien qui les unit ? Le sang ? L’amour ? La transmission ? L’héritage ?

Je photographie des pères, de 20 à 80 ans, debout, torse nu, avec leur fils de quelques minutes pour les plus jeunes ou entrés dans la cinquantaine pour les plus âgés. Ils sont proches, souvent peau contre peau.

C’est sans doute l’arrivée de mon fils dans ma vie qui m’a donné envie de ces portraits. Il s’appelle Marco. Sa peau est noire. Il est né au Rwanda. Je me souviens de l’enthousiasme d’un ami : « c’est fou ce qu’il te ressemble ! » Vraiment ? Et moi ? Est-ce que je ressemble à mon père ? Et tous ces fils que j’ai photographiés ressemblent-ils à leur père ? En regardant ces portraits, on recherche les ressemblances. On scrute les traits du visage, on compare les gestes, les attitudes. On imagine une histoire. On tente de percer le mystère de la relation. La nudité des corps jette le trouble, brouille un peu les pistes. La fragilité, la tendresse sont-elles taboues ?

  • Marc et Nicolas, Père et fils 2014 Korganow Grégoire
marc et nicolas père et fils Korganow 2014
marc et nicolas père et fils Korganow 2014 © Korganow 2014 / marc et nicolas père et fils

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  • Nicolas et Levon, Père et fils 2014 / Korganow Grégoire
 Korganow Grégoire Nicolas et Levon 2014
Korganow Grégoire Nicolas et Levon 2014 © Korganow Grégoire

Grégoire Korganow a entamé cette série Père et fils il y a quelques années. C’est un travail au long court qui questionne la filiation et s'enrichit au fil du temps et des rencontres. La maternité du CHU de Rouan lui a passé commande d’une série de Pères et fils (avec des nouveaux nés) qui est désormais exposée de manière pérenne dans la salle Mère-enfant. Un fait qui suscite pas mal de réactions…

EXPO

Grégoire Korganow à la Maison Européenne de la Photographie

Deux expositions à voir : Prisons et Père et fils

Du 04.02.2015 au 05.04.2015

MEP 5/7 Rue de Fourcy - 75004 Paris

LIVRES

prisons Korganow
prisons Korganow © neus

Au 1er janvier 2014, la France comptait 67 065 détenus incarcérés, répartis dans 191 prisons, pour une capacité d'hébergement d’un peu plus de 57 000 places. En 2013, la durée moyenne de détention était de 11,5 mois. Comment photographier la prison ? Comment restituer en image l’enfermement, la contrainte, la séparation, l’arbitraire ? Au-delà des barreaux, des cellules exiguës et sombres, des couloirs interminables, des cours de promenade austères, la réalité de la prison relève de la sensation : odeurs, bruit permanent, monotonie, ennui, violence... La prison nourrit le fantasme. Parfois la réalité est plus banale qu’on ne l’imagine. L’horreur de l’incarcération se joue sur d’infimes petites choses, transformant le quotidien en cauchemar : les portes fermées des cellules en permanence, la solitude, la peur de la promenade où tout peut arriver, le temps passé à ne rien faire, des journées, des semaines, des mois vides. C’est cette réalité de l’enfermement que Grégoire Korganow photographie, loin des clichés, des images chocs. Il veux saisir l’indicible, le temps qui s’arrête, la vie qui rétrécit, qui s’efface.

Voyages italiens, Bernard Plossu
Voyages italiens, Bernard Plossu © X. Barral

Cela fait plus de quarante ans que Bernard Plossu sillonne l’Italie : « Un besoin, une passion, je m’y sens bien. Je vais partout, à pied, en auto, en train ; des montagnes du Piémont aux Pouilles ; de Cuneo à Bari, de Turin à Palerme, de Bologne à Cagliari. Tout m’attire ! Partout je photographie les paysages, les gens, les ambiances, l’architecture, le présent, le passé, le futur, la poésie…"

Bernard Plossu a sélectionné dans cet ouvrage plus de 150 photographies couleur au procédé Fresson et noir & blanc, pour beaucoup inédites. Loin des clichés habituels célébrants les hauts-lieux de l’Italie, Bernard Plossu alterne les points de vue entre scènes de rues, marinas désertées ou grouillantes, paysages de train en mouvement, paysages majestueux et sereins du Lac de Garde ou du Col de la Maddalena à une nature plus sauvage notamment dans les îles.

Bernard Plossu est exposé à la Mep du 4 février au 5 avril 2015

Bernard Plossu

B Plossu italie
B Plossu italie © B Plossu

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DVD

Le photographe Grégoire Korganow a collaboré à deux reprises avec Stéphane Mercurio en réalisant les photographies des films documentairesÀ l'ombre de la RépubliqueetÀ Côté.

 a l'ombre de la République
a l'ombre de la République © / S Mercurio

Pour la première fois, après trois ans d’existence, le CGLPL (Contrôle Général des Lieux de Privation de Liberté) accepte qu’une équipe de tournage le suive dans son travail essentiel de contrôle des droits fondamentaux dans les prisons, hôpitaux psychiatriques, commissariats…

Stéphane Mercurio a suivi une quinzaine de contrôleurs. Leurs lieux de mission : la maison d’arrêt de femmes de Versailles, l’hôpital psychiatrique d’Évreux, la centrale de l’Île de Ré, et enfin la toute nouvelle prison de Bourg-en-Bresse.

Pendant ces quelques semaines d’immersion à leurs côtés au cœur des quartiers disciplinaires, dans les cours de promenade des prisons ou dans le secret des chambres d’isolement, un voile se lève sur l’enfermement et la réalité des droits fondamentaux en ces lieux.

  • A côté, Stéphane Mercurio, Ed. du Montparnasse
a côté st Mercurio
a côté st Mercurio © S mercurio

Dans la petite maison de l’association Ti-Tomm, accolée au mur de la prison des hommes à Rennes, on attend l’heure du parloir. Les familles arrivent à l’avance, toujours. Quelques secondes de retard, et la porte de la prison restera fermée. On vient une, deux, trois fois par semaine, chaque semaine, pendant des mois voire des années. Ce sont majoritairement des femmes ; ces pénélopes des temps modernes vivent au rythme de leur homme à l’ombre. Le temps est suspendu, la vie comme arrêtée.

L’arbitraire de la prison, les transferts, les interdits sont leur quotidien.

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