Cet été, "Regardez Voir" vous propose la crème des émissions de l’année agrémentée de pépites inédites. Ce samedi, retrouvez Patrick Zachmann et découvrez Bénédicte Desrus

So long china
So long china © Patrick Zachmann

Patrick Zachman

Éléments de parcours

Né en 1955 à Paris, Patrick Zachmann dit être devenu photographe parce qu’il n’a pas de mémoire. Il affirme la rechercher en reconstituant les albums de la famille qu’il n’a pas eue. Photojournaliste et réalisateur, il développe une œuvre qui traite de façon récurrente des questions d’identité, de la mémoire et de l’immigration de différentes communautés. Il travaille, de 1982 à 1984, sur l’insertion des jeunes immigrés dans les quartiers nord de Marseille. En 1983, il publie son premier livre, Madonna ! , une plongée dans la violence de la mafia napolitaine., co-écrit avec Claude Klotz. Deux ans plus tard, il intègre l’agence Magnum et devient membre en 1990.

Patrick Zachmann
Patrick Zachmann © Radio France / Fanny Leroy

Plus proche de sa propre histoire, l’ouvrage Enquête d’identité. Un juif à la recherche de sa mémoire (1987) est le fruit d’une recherche de sept ans. En 1989, son reportage sur les événements de la place Tian’anmen, largement diffusé dans le monde, marque le début de son immersion photographique au cœur du monde chinois. « Photographe de ce qui ne peut pas être dit », plus que photographe de l’action, il ne recule pas devant de longues investigations pour dire l’indicible. Aussi faudra-t-il attendre 1995 pour voir la publication de W. ou l’œil d’un long-nez , sur la diaspora chinoise.

Photos Choisies

Des Pékinois observent avec curiosité le long-nez que je suis - 1987
Des Pékinois observent avec curiosité le long-nez que je suis - 1987 © Patrick Zachmann

A cette époque les Occidentaux ne venaient pas, même à Pékin, j’étais un ovni à leurs yeux, ils allaient jusqu’à me tirer les poils des bras…

Hong Kong, sur un toit de Kowloon city (la cité emmurée) -1987
Hong Kong, sur un toit de Kowloon city (la cité emmurée) -1987 © Patrick Zachmann

J’aime bien cette photo car elle représente ma manière d’essayer d’être au plus proche des gens, tout en saisissant un arrière-plan signifiant.

Mai 1989 Tian' Anmen
Mai 1989 Tian' Anmen © Patrick Zachmann

Je me sens plus proche d’une démarche artistique que du Photojournalisme… si je fais parfois du journalisme j‘ai toujours une démarche d’esthète, j’essaye de dépasser le réel en soignant la composition, en y mettant de la poésie …

Hong Kong
Hong Kong © Patrick Zachmann

►►► POUR ALLER + LOIN

Expositions

  • Une partie de l’expo "So long China" sera présentée à la Photokina de Cologne Salon mondial de l'image  - espace leica, du 20 au 25 septembre 2016
  • Il anime un workshop à Berlin autour du projet photographique documentaire au long cours. Du 29 sept au 2 octobre
  • Rencontre autour de son livre avec La maison de la Chine le 19 sept à Paris.

Bénédicte Desrus

Mon travail se concentre sur les personnes qui sont mis en marge de la société

Éléments de parcours

Bénédicte Desrus est une photographe documentaire basée à Mexico, représentée par Sipa Press USA. Elle a travaillé en Europe, en Afrique de l'Est, aux États-Unis et en Amérique latine. Son travail se concentre essentiellement sur les questions humanitaires et sociales.

Ses photographies témoignent de la vie des personnes rejetées par la société et des communautés qu’elles créent pour survivre et défendre leur dignité. Ses reportages s’effectuent sur le long terme: la persécution des homosexuels en Ouganda, les albinos tués en Tanzanie, l’obésité à travers le monde, les travailleuses du sexe au Mexique…

Son travail a fait l’objet de nombreuses parutions dans la presse internationale.

LES FEMMES DE LA CASA XOCHIQUETZAL, (Mexique 2008-2015) « Que deviennent les prostituées quand elles vieillissent? »

Ce reportage est un hommage à la vieillesse et à la dignité humaine. Je souhaite sortir ces femmes de l’anonymat et les rendre visibles aux yeux d’une société qui les a longtemps ignorées. B. Desrus

En 2008, Bénédicte Desrus découvre la Casa Xochiquetzal, une maison de retraite pour prostituées située à Mexico. Fascinée par l’histoire de ces femmes, elle souhaite mieux les connaître. Elle décide alors de réaliser un reportage sur cette auberge unique en Amérique latine. Depuis sa création en 2006, plus de 300 femmes ont été hébergées dans cette grande maison coloniale. Ici, elles ont un toit pour dormir, plusieurs repas par jour et des soins médicaux gratuits. Pour la majorité d’entre elles, c’est la première fois de leur vie.

Elles participent également à des ateliers, à des groupes de réflexion pour faire valoir leurs droits et à des cours afin de les aider à reprendre confiance en elles et ainsi affronter les traumatismes du passé. En marge de la société, souvent sans contact avec leur famille, très fragilisées par l'âge et par de nombreuses pathologies, elles tentent néanmoins de retrouver leur dignité.

Pendant 6 ans, Bénédicte Desrus a photographié ces femmes dans leur quotidien, ses images captent la dignité de ces femmes et mettent en évidence leur courage. Elles nous montrent que les personnes les plus marginalisées ont beaucoup à nous apprendre.

Photos Choisies

2013, Soledad, 59 ans, résidente de la Casa Xochiquetzal
2013, Soledad, 59 ans, résidente de la Casa Xochiquetzal © Bénédicte Desrus

Soledad est originaire de l’État de Veracruz. Lorsque son mari est tombé malade, elle a commencé à se prostituer pour faire face aux dépenses de soins et de médicaments. Elle s’est de nouveau retrouvée dans l’obligation de vendre son corps lorsqu’elle a été mise à la porte de chez son fils, par sa belle-fille. Démunie de tout, après avoir connu maintes épreuves dans la rue, elle a frappé à la porte de la Casa Xochiquetzal il y a deux ans. À son arrivée, elle a reçu une aide psychiatrique et a trouvé une vie en communauté. Aujourd’hui elle se sent bien.

J’ai photographié ces femmes dans leur quotidien pendant 6 ans. Ce qui me plait le plus c’est de réussir à établir une relation avec les personnes que je photographie, gagner leur confiance, qu’ils comprennent ma démarche et souhaitent y prendre part.

Victoria, 83 ans, l’habitante la plus âgée de la Casa Xochiquetzal
Victoria, 83 ans, l’habitante la plus âgée de la Casa Xochiquetzal © Bénédicte Desrus

Victoria est intelligente c’est une femme qui se moque de la vie et ne la prend pas au sérieux. Pour elle, « La Casa Xochiquetzal, c’est une 'victoire' ». Originaire de l’État de Colima, on lui avait appris à se soumettre à l’homme. C’est ce qu’elle a fait pendant son premier mariage mais ensuite elle a oublié tout ça. « L’amour, on ne l’achète pas et on ne le vend pas, moi je le loue ».

►►► POUR ALLER + LOIN

Parution

Bénédicte est co-auteur du livre "Las amorosas más bravas"(Les Amoureuses les plus vaillantes). En mars 2014, l’ouvrage texte-image, a été publié et tiré à 1000 exemplaires au Mexique.
Une partie des ventes du livre est reversée à la Casa Xochiquetzal afin d’améliorer les conditions de vie des résidentes ; le projet vise aussi à susciter des dons.
Bénédicte Desrus cherche un financement pour éditer le livre en France.

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