"Cimarron, Mascarade et liberté" est un travail de Charles Fréger exposé du 2 février au 14 avril 2019 au Château des ducs de Bretagne à Nantes. C'est le troisième volet d'une série photographique entamée en 2013 consacrée aux mascarade.

Exposition Cimarron de Charles Fréger au château des ducs de Bourgogne à Nantes
Exposition Cimarron de Charles Fréger au château des ducs de Bourgogne à Nantes © David Gallard

Au Château des Ducs de Bretagne, 70 photographies de Charles Fréger sont présentées, certaines en très grands format. Six de ces photographies sont exposées  dans les salles des collections permanentes du Musée d’Histoire, dans les salles liées à la Traite des Noirs, à l’esclavage colonial et à la révolutions haïtienne. La traite des noirs et l’escalvage font partie de l’histoire de la ville et de son identité puisque du 17 eme au 19 eme siecle, la traite des noirs occupe une place importante dans le commerce nantais et contribue à enrichir la ville. 

Nantes fut le 1er port négrier en France : plus de 550 000 hommes femmes et enfants furent acheté sur les cotes africaines pour être transportés dans les colonies françaises de l’Amerique  à bord des navires nantais afin d’être vendu comme esclaves.

Krystel Gualdé, directrice scientifique du Musée d’Histoire.

Le terme "Cimarron" désigne dans le monde colonial hispanique  l’esclave fugitif, puis donne naissance au terme de "marron" évoquant, après 1848 (date de l'abolition de l'esclavage) la figure héroique de l'homme résistant à l’oppression. 70 photographies sont présentées dans le bâtiment des expositions, 6 autres font écho aux collections permanentes du musée d'histoire, dans les salles évoquant la traite de noirs et la Révolution haïtienne.

Exposition Cimarron de Charles Fréger au château des ducs de Bourgogne à Nantes
Exposition Cimarron de Charles Fréger au château des ducs de Bourgogne à Nantes / David Gaillard / LVAN

Ces hommes et ces femmes masqués se déploient dans un cadre, un environnement  fixé par le photographe. Elles n'apparaissent pas dans les carnavals ou dans les festivals auxquels elles appartiennent. En donnant au spectateur les couleurs, les masques, les maquillages, les costumes, les parures, les accessoires de ces mascarades, Charles Fréger montre les désirs de liberté dans des postures où l'on rejoue le rapport à l'oppresseur. Inventer, mimer, inverser, subvertir, les figures incarnées par les mascarades sont dans tous les sens du terme, monumentales.

Certaines des images de Fréger sont politiques ou satiriques ; d’autres démontrent que la religiosité africaine a survécu à la traite des esclaves pour refleurir dans un pays tel que le Brésil, où elle est aujourd’hui officiellement reconnue comme religion. Rien, dans Cimarron, n’illustre plus clairement ce penchant au syncrétisme que la photographie d’une Brésilienne dont le costume arbore côte à côte le nom de Shango, déité yoruba, et le portrait de Jésus de Nazareth.

- Ishmael Reed Écrivain et militant américain LE MUSÉE IMAGINAIRE DE CHARLES FRÉGER 

Exposition Cimarron de Charles Fréger au château des ducs de Bourgogne à Nantes
Exposition Cimarron de Charles Fréger au château des ducs de Bourgogne à Nantes / David Gallard / LVAN

Charles Fréger, malheureusement, n’était pas présent pour photographier les cultures anciennes qui furent détruites par l’intolérance du monde chrétien. Aujourd’hui où le poids énorme de la mondialisation menace dans leur existence les traditions dont il témoigne, les générations futures devront peut-être consulter son ouvrage, de la même façon qu’on regarde les photographies d’espèces animales disparues. Ainsi se perpétuera le musée imaginaire de Charles Fréger.

Ishmael Reed Écrivain et militant américain LE MUSÉE IMAGINAIRE DE CHARLES FRÉGER

Charles Fréger est diplômé de L'Ecole de Beaux arts de Rouen. Il travaille depuis le début des années 2000 sur des séries de portraits au sein de communautés et de groupes dans le monde : légionnaires à Djibouti, lutteurs de sumo japonais, acteurs de l'opéra Chinois, majorettes du Nord de la France,  danseuses de cercles baltique en Bretagne. Cimarron est le troisième volet d’une série photographique entamée en 2014 consacrée aux mascarades ; après Wilder Mann (depuis 2010), dédié au continent européen, et Yokainoshima (2013-2015), localisé sur l’archipel nippon, Cimarron (2014-2018) s’ancre dans les territoires des Amériques.
 

Pour aller plus loin

Le livre "Cimarron Mascarade et liberté" paraît le 13 mars aux éditions Actes Sud.

Charles Fréger a un site.

L’exposition est au Château des ducs de Bretagne à Nantes du 2 février au 14 avril.

Yokainoshima de Charles Fréger est exposé auMusée des Confluences à Lyon jusqu'au 25 août 2019.

A Milan, à la Fondation Armani, jusqu'au 24 mars : Fabula de Charles Fréger.

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