Entre 2013 et 2016, William Daniels s'est rendu à dix reprises en Centrafrique, photographier un pays oublié, ravagé par la guerre civile. Son livre "RCA" vient de paraître.

Photo de William Daniels
Photo de William Daniels © William Daniels

William Daniels :

J’essaye de raconter l'ultra-violence de la situation en République Centrafricaine, mais avec un peu plus de subtilité qu’en faisant des images dures.

William Daniels, éléments de parcours

William Daniels en studio
William Daniels en studio © Radio France / Mariel Bluteau

William Daniels est photographe depuis une petite quinzaine d’années. Il travaille généralement sur des projets à long terme, souvent en lien avec des situations de crise, voire de guerre ouverte, avec un intérêt particulier pour l’humain. Il répond également à des commandes de la presse : National Geographic, Time...

William Daniels a publié trois livres de photographies : Mauvais Air, en 2008, à l’occasion d’une exposition sur le Pont des Arts qui traitait du paludisme (malaria, mauvais air), Faded Tulips, en 2012, un voyage dans l'instable Kirghizistan post-soviétique et son désir de démocratie, et le tout récent RCA, paru en avril aux éditions Clémentine de la Feronnière, fruit d'un travail de longue haleine sur la République Centrafricaine.

RCA- présentation du livre par William Daniels

« C’est l’histoire d’un pays au nom étrange, que personne n’a jamais été capable de placer sur une carte, et qui a toujours vécu au bord du gouffre.

Cette fois, cela a commencé un dimanche, le 24 mars 2013. La Séléka, coalition rebelle majoritairement musulmane venue du nord du pays, prend le pouvoir par un coup d’État. Des crimes sont commis. En face, les milices chrétiennes anti-balaka répondent aux exactions par des atrocités. Des dizaines de milliers de musulmans fuient la capitale, Bangui, et l’ouest du pays. La Centrafrique sombre dans la guerre civile. Je m’y suis rendu dix fois entre 2013 et 2016. J’ai photographié une guerre d’aujourd’hui qui reflète en miroir d’autres déchaînements de violence, d’autres crises humanitaires.

Le pays n’a pas soixante ans mais il a déjà connu cinq coups d’État. Parmi les présidents renversés, Jean-Bedel Bokassa, tyran mégalomane, empereur autoproclamé, qui en 1977 gaspilla au cours de son sacre, avec couronne et fourrure d’hermine, un cinquième du budget de l’État. Avant son indépendance déjà, la Centrafrique, alors appelée Oubangui-Chari, était la « colonie poubelle » de la France. Celle où l’on envoyait les plus mauvais administrateurs. Celle où certaines entreprises avaient recours au travail forcé pour exploiter les ressources.

Car le pays est riche : son sol fertile, ses minerais et ses forêts devraient permettre à la population l’accès à un niveau de vie décent. Il n’en est rien. Les mauvaises gouvernances d’une administration fantôme, la corruption, les crises à répétition, le pillage ont installé ce trou noir des cartes à la deuxième place des États les plus pauvres du monde. Des milices armées maintiennent un climat d’insécurité permanente. L’impunité est totale et la jeunesse centrafricaine, désœuvrée, constitue un réservoir inépuisable de chair à canon. C’est l’histoire d’un pays en sursis »

Photos choisies

Enclave musulmane de Boda - image tirée du livre photo "RCA" de William Daniels
Enclave musulmane de Boda - image tirée du livre photo "RCA" de William Daniels © William Daniels

Des femmes et des enfants dans l'enclave musulmane de Boda, où près de 11000 déplacés, principalement d'ethnie peule, sont réfugiés. Lorsqu'ils quittent l'enclave, ils sont systématiquement attaqués par des milices chrétiennes anti-balaka.

William Daniels :

Quand les miliciens chrétiens ont commencé à être violents contre les musulmans, on a continué à photographier. Et les miliciens n'ont pas compris : pour eux, c’était évident qu’on était de leur côté

Un pêcheur habillé pour la messe dominicale marche dans la rivière Oubangui, tôt le matin
Un pêcheur habillé pour la messe dominicale marche dans la rivière Oubangui, tôt le matin © William Daniels

William Daniels :

C’est l’image qui me touche le plus, je vois d'abord la prestance de cet homme.

Deux femmes se serrent, place de la République, le 13 novembre 2015
Deux femmes se serrent, place de la République, le 13 novembre 2015 © William Daniels

Eric Karsenty

Rédacteur en chef du magazine Fisheye, partenaire de l'émission, Eric Karsenty nous présente le dernier numéro, actuellement en kiosques.

Couverture du magazine Fisheye
Couverture du magazine Fisheye

L'Actu de la photo

Le Prix Niépce 2017 Gens d'Images a été attribué à Olivier Culmann. Il était notre invité le 26 février dernier, l'émission est disponible à la réécoute ici !

La playlist de l'émission

  • Beth Ditto, Fire
  • Marie Flore,Passade digitale
  • Gnarls Barkley,Crazy
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