C'est un livre qu'on attendait : Journal d'un photographe aux éditions de Juillet. Une première monographie d'Alain Keler qui revisite quarante ans de photographie. À la manière d'un archéologue, il fouille dans ses archives, ses planches-contacts et déniche des trésors et des écrits qui font le hors-champ des images.

Alain Keler
Alain Keler © Elodie Richesse

Alain Keler entre chez Sygma en 1975, il voyage constamment et couvre l'actualité du monde. Il est alors photojournaliste et maîtrise tous les codes des images attendues par la presse. Mais cette course à travers le monde pour couvrir les évènements ne lui suffit plus, il devient indépendant à partir de 1993 et rejoint le collectif MYOP en 2008. Sa démarche change parce qu'il n'est plus obligé d'être ici et ailleurs. Il peut se poser, photographier les ombres des évènements, les traces, les à-côtés, revenir sur les lieux. 

Mariage serbe, Kosovo, Mars 2000
Mariage serbe, Kosovo, Mars 2000 / Alain Keler

Alain Keler trace un chemin dans son œuvre, même s'il rit quand je dis ce mot "œuvre", car lui, préfère le mot "travail". Il regarde ses photos, ses planches-contacts, réanime des photos délaissées par la presse, organise un parcours entre les images faites en reportage et celle de sa famille.

Je suis parti du principe que j’étais rarement satisfait de la manière dont les magazines utilisaient mes photos, c'est le cas de tous les photographes. J'ai donc revisité tout mon travail en choisissant les photos qui m’interpellaient. J'ai retrouvé des photos qui sont restées dans l'ombre. J’ai travaillé d’abord en indépendant puis ensuite en agence, dans la très bonne agence Sygma pendant de nombreuses années. Je courais le monde,  je travaillais avec des téléobjectifs, des grands angles.  Mais je gardais toujours sur mon ventre un Leïca avec un 35 ou un 50 mm. C'’était du noir et blanc. Je faisais alors des photos différentes, qui correspondaient beaucoup plus à ma sensibilité. Ces photos étaient rarement choisies par la presse,  je les ai, dans ce livre, mises en valeur. 

– Alain Keler

Sa photographie est accompagnée de textes car Alain Keler place l'humain au cœur de son travail ; alors il faut nommer ceux qu'il rencontre, raconter leurs histoires, définir le hors-champ de la photographie.

Rassemblement d’anciens déportés. Jérusalem. Israël,  14 juin 1981
Rassemblement d’anciens déportés. Jérusalem. Israël, 14 juin 1981 / Alain Keler

En creux, dans ce livre, son histoire familiale apparaît avec des images émouvantes de ses parents. 

Je travaille sur la mémoire, sur quelque chose qui me hante depuis très longtemps, qui est lié à une  histoire de famille : mes grands-parents juifs polonais sont arrivés en France au début du XIXe siècle. Ils ont été déportés,  je ne les ai pas connus si ce n’est au travers de ma mère qui les pleurait quand je suis né. Ce sont des choses que j’entendais, qui se sont mises dans mon  cerveau et qui sont revenues à la surface au moment où je voyais mes  parents vieillir -  ce moment-même où j’ai commencé à les photographier de manière intensive. La photo a été un trait d'union avec eux, la photo les a gardés vivants, ils sont dans ce livre, donc ils sont immortels.

Victimes d’escadrons de la mort.  Route panaméricaine, Guatemala, 3 mars 1982
Victimes d’escadrons de la mort. Route panaméricaine, Guatemala, 3 mars 1982 / Alain Keler
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