Photographe documentaire, Johann Rousselot se passionne pour l'Inde, observant le désastre qui saisit l'urbanisation sauvage et croissante autour de la ville de Delhi.

Johann Rousselot
Johann Rousselot © Nicolas Moulard

L’Inde c’est un bonheur pour un photographe, car on travaille tout à fait librement, les gens ne craignent pas d'être photographiés, ce qui n'est plus le cas en Occident.

Eléments de parcours

Photographe du réel et de terrain, Johann Rousselot cherche sans relâche à trouver toujours le bon point d’équilibre entre volonté journalistique d’informer et volonté artistique. Partir de l’actualité, le plus souvent, mais rechercher d’emblée la portée sociologique ou historique d’un sujet, avec cette constante exigence de trouver un rafraîchissement iconographique tout en maintenant le propos clair. Qu’il nous parle des Chrétiens « born-again » ou de la nouvelle économie indienne, des révolutions arabes ou de la nuit, ce théâtre où chacun peut se refaire ou s’afficher autrement, la pureté, la beauté et l’énergie des nouveaux départs est toujours présente. Ensuite, inévitablement, viennent l’usure, la corruption, la dégradation. Il faut attendre alors le prochain recommencement. Cycle de la vie, qui doit toujours, impérativement, renaître de ses cendres.

Plus récemment, une certaine révolte contre l’injustice et notre système capitaliste totalement débridé, se fait de plus en plus sentir. Est-ce l’Inde qui en premier lui montra la possibilité de véritables gouffres sociaux entre les hommes ? Quoiqu’il en soit, l’idée que le système socio-économique occidental, devenu sauvage, et se répandant partout, nécessite en toute urgence un nouveau départ, n’est évidemment pas étrangère à la pensée de l’auteur.

Johann Rousselot est le lauréat du PRIX PHOTO AFD/POLKA 2015

L’Agence Signatures le représente.

Now Delhi, les trente désastreuses

Delhi illustre à merveille ce paradoxe : si vous améliorez une ville, plus de gens viendront s’y installer ; et si plus de gens viennent, ce lieu empirera.

"J’ai voulu comprendre quelle étrange fabrication urbaine était le grand Delhi, et pourquoi cette ville était aussi moche, brutale, et hostile. C’est avant tout une rencontre avec une chose plus qu’avec des humains. Cette chose est ce monstre urbain qu’est devenue la région de Delhi (trois fois l’Ile de France en superficie ! ). Comment peut-on bâtir un enfer pareil ? Que font les politiques fassent à cet essor ? La négligence écologique est choquante. Le laisser-faire architectural est déprimant. Au-delà de la région de Delhi même, je fais ce constat : la vie dans les villes n'est plus un synonyme de prospérité et de bien-être… ce modèle a vécu."

PHOTOS CHOISIES

Mon plus grand plaisir, c'est lorsque l’appareil devient une extension naturelle de mon corps, comme disait un certain photographe dont j’oublie le nom. C’est jouissif.

  • La montagne de déchets de la décharge de Ghazipur, d'au moins 50 mètres de haut, est un paysage putride qui s'étend sur environ 70 acres. La colline a dépassé sa hauteur maximale autorisée en 2002. Des centaines de chiffonniers y fouillent et récupèrent tous les jours.
La montagne de déchets de la décharge de Ghazipur
La montagne de déchets de la décharge de Ghazipur © Johann Rousselot
  • De sortie à Hauz Khas Village, un village urbain de Delhi qui est devenu en quelques années le principal lieu de concentration de bars, de boites de nuit et de restaurants chics, où la classe moyenne adore s'encanailler. Rhea, 17 ans, est Indienne et originaire du New Jersey (USA), et vit à Delhi depuis 3 ans. Ronaldo, 17 ans, étudiant, est originaire de Pretoria (Afrique du Sud), et vit à Delhi depuis 3 ans. Cette image de mixité est assez rare en Inde, pays assez fermé... c'est un symbole d'ouverture face aux vieux schéma de l’Inde.
Rhea et Ronaldo
Rhea et Ronaldo © Johann Rousselot
  • Revathi et Vasant sont un couple et un duo d’architectes (Kamath Studio), ils ont réalisé des projets originaux et rafraîchissants en suivant leur principe du "régionalisme critique", ils revisitent les techniques traditionnelles pour créer des constructions modernes. Ils sont très critiques quand à l’avenir urbain de Delhi, "On court au désastre" . Ces personnes me rassurent car ils sont intelligents et force de proposition. Malheureusement ils n’ont pas voix au chapitre face au règne de l’argent.
Revathi et Vasant
Revathi et Vasant © Johann Rousselot
  • Delhi Centre, décembre 2015. Le site aurait été l'emplacement d'un village nommé Indrapat au 16ème siècle, d'où son association avec la cité légendaire d'Indraprastha (la toute première incarnation de Delhi) mentionnée dans le Mahabharata cinq siècles avant JC .
Purana Qila
Purana Qila © Johann Rousselot

C’est le Delhi qui me fait du bien. C’est romantique, les ruines la nuit, et c’est aussi le passé de Delhi. C’est une ville qui a connu un passé glorieux et une culture extrêmement raffinée.

EXPOSITIONS

A la Maison Européenne de la Photographie, du 9 novembre 2016 au 29 janvier 2017

  • Le travail de Johann Rousselot sera montré lors du Festival Étonnants voyageurs en 2017
  • Le jeudi 19 janvier à18h 15, l'association Gens d'Images vous propose un échange via Skype avec Johann Rousselot depuis Delhi, à la MEP.

Regardez voir aussi

  • Exposition "La Bourse du Talent 2016" à la BNF Paris - Site François-Mitterrand : du 15 décembre 2016 au 26 mars 2017. Un livre accompagne cette exposition édité chez Delpire "La bourse du talent 2016 - Identités à venir" : Vous y trouverez tous les lauréats.
  • Photographies Eric Pillot In Situ 2010 - 2016, du 17 décembre 2016 au 27 mars 2017 à l'Orangerie des musées de Sens.
  • Des images inédites de Robert Doisneau consacrées à la fête foraine au Musée des Arts Forains à Paris, à l'occasion de la 7ème édition du Festival du Merveilleux, du 26 décembre 2016 au 2 janvier 2017. Une exposition et aussi un coffret qui rassemble deux volumes appelés "Saltimbanques" aux éditions de la Martinière.
  • Exposition "Aller et retour dans la chambre blanche", de Denis Roche, à la Maison d’Art Bernard Anthonioz à Nogent-sur-Marne, du 9 novembre 2016 au 29 janvier 2017. Les éditions Filigranes ont publié à cette occasion un beau livre avec des photos annotées de la main du photographe.
  • Laurence Vecten crée chaque année un calendrier avec de grands photographes ou de photographes émergents qui participent gracieusement au projet. Cette année, elle a décidé de se concentrer sur Paris. Tous les bénéfices des ventes vont à la Fondation de France. Le calendrier s’appelle "One Year for Paris 2017".

Programmation musicale

  • MESPARROW, Les écrans, 2016, Label : Yoatanka/Pias
  • HER, Five minutes, 2016, Label : Barclay
  • Nitin SAWHNEY/Reena BHARDWAJ/Jayanta BOSE Koyal (songbird), 2005, Label : V2 MUSIC
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