Comment traduire en image l'évasion fiscale ? C'est le défi relevé avec succès par Paolo Woods qui a mené l'enquête pendant 3 ans dans 13 pays avec son comparse G. Galimberti.

 Un homme flotte au 57 ème étage dans la piscine du Marina Bay Hôtel, avec vue sur les grattes-ciel du quartier d'affaire de Singapour
Un homme flotte au 57 ème étage dans la piscine du Marina Bay Hôtel, avec vue sur les grattes-ciel du quartier d'affaire de Singapour © paolo Woods et Gabriele Galimberti

Paolo Woods

Autoportraits
Autoportraits © Paolo Woods et Gabriele Galimberti

Si la vie extravagante des ultra riches est photogénique, il est moins évident de raconter par l'image un fait aussi peu visible que l'évasion fiscale. Paolo Woods et Gabriele Galimberti ont eu parfois recours à la métaphore et la mise en scène pour illustrer leur sujet.

Serveur haute-capacité qui héberge des centaines de sociétés de paris en ligne basées sur l’île anglo-normande Alderney où les jeux d'argent ne sont pas taxés
Serveur haute-capacité qui héberge des centaines de sociétés de paris en ligne basées sur l’île anglo-normande Alderney où les jeux d'argent ne sont pas taxés © Paolo Woods, Gabriele Galimberti

La plupart du temps le blanchiment d'argent est une activité légale, même si elle n'est pas morale.

Paolo Woods et Brigitte Patient, sur le plateau de "Regardez voir"
Paolo Woods et Brigitte Patient, sur le plateau de "Regardez voir" © Radio France / Fanny Leroy

Eléments de parcours

Photographe et réalisateur né aux Pays-Bas de mère hollandaise et de père canadien, Paolo Woods a grandi en Italie puis a vécu en Haïti et à Paris. Il se dédie à des projets au long cours où la photographie est un instrument d’investigation du monde contemporain. Après s’être lancé dans une enquête approfondie sur le monde du pétrole et avoir effectué un long reportage sur les guerres américaines en Afghanistan et en Irak, il a documenté pendant deux ans la spectaculaire conquête chinoise de l’Afrique. Il a reçu à deux reprises le World Press Photo. Il a régulièrement été exposé en Europe et aux États-Unis. Il a publié cinq livres, parmi lesquels La Chinafrique, traduit en 11 langues. Son travail est régulièrement publié dans de grands titres de presse internationale. Avec le photographe Gabriele Galimberti il a enquêté trois années sur les paradis fiscaux, sujet exposé au Rencontres d'Arles en 2015 et qui a donné lieu à un très beau livre : Les paradis, édité par Delpire.

David Cay Johnston (journaliste et auteur) :

Un geyser d'argent pour les riches, un maigre ruisseau pour les pauvres : c'est le résultat d'un quart de siècle de cadeaux fiscaux.

Photos choisies

Se battre contre les paradis fiscaux c'est un peu comme former un barrage avec une passoire.

Le Freeport de Singapour, un des plus vastes ports francs au monde, accueille des coffres-forts ultra-sécurisés. Y sont entreposés des œuvres d’art, de l’or et de l’argent liquide, dont la valeur s’élève à plusieurs milliards de dollars. Située tout près des pistes de l’aéroport de Singapour, cette zone franche est un no man’s land fiscal où individus et sociétés peuvent stocker des objets de valeurs en toute confidentialité, hors de portée des autorités fiscales.

Tony Reynard et Christian Pauli, dans une des salles des coffres haute sécurité du Freeport de Singapour. Avec l'aimable autorisation des artistes
Tony Reynard et Christian Pauli, dans une des salles des coffres haute sécurité du Freeport de Singapour. Avec l'aimable autorisation des artistes © Paolo Woods et Gabriele Galimberti

Le numéro un mondial du prêt-à porter Zara, a déplacé près de 2 milliards de dollars de bénéfices vers ITX Merken, une minuscule instance opérant depuis les Pays-Bas bénéficiant ainsi d'une "exonération fiscale".

Une cliente sortant d’une boutique de vêtements Zara à Amsterdam passe devant ITX Merken, une filiale d’Inditex, la maison mère de Zara. Avec l'aimable autorisation des auteurs.
Une cliente sortant d’une boutique de vêtements Zara à Amsterdam passe devant ITX Merken, une filiale d’Inditex, la maison mère de Zara. Avec l'aimable autorisation des auteurs. © Paolo Woods et Gabriele Galimberti

LIVRE

Neil M. Smith, secrétaire des finances des îles Vierges britanniques, ici photographié dans son bureau de Road Town sur l’île de Tortola. Avec l’aimable autorisation des artistes
Neil M. Smith, secrétaire des finances des îles Vierges britanniques, ici photographié dans son bureau de Road Town sur l’île de Tortola. Avec l’aimable autorisation des artistes © Paolo Woods et Gabriele Galimberti

Les paradis fiscaux occupent aujourd’hui une place centrale dans l’actualité politique et l’économie mondiale : ils représentent un capital financier énorme avec 32 milliards de dollars (deux fois la dette des États-Unis). Cet argent appartient à de riches particuliers ou à de grandes entreprises qui cherchent à échapper à certaines règlementations financières contraignantes ou à réduire leurs impôts. De Singapour au Delaware, de Panama aux îles Vierges britanniques, de la City de Londres aux îles Caïmans, du Luxembourg aux Pays-Bas, l’ouvrage nous plonge dans le monde secret et feutré des paradis fiscaux, levant le voile sur une réalité méconnue et souvent fantasmée, bien loin des plages de sable fin et des cocotiers… À travers plus de 80 photographies, Paolo Woods et Gabriele Galimberti proposent une lecture singulière de cet univers. Le texte de Nicholas Shaxton – l’un des experts les plus reconnus dans le domaine –, répond aux images et nous aide à décoder le fonctionnement des paradis fiscaux, soulevant par là-même des interrogations d’ordre éthique et moral.

EXPOSITION

Les Paradis. Rapport annuel, Centre Assas, 92, rue d'Assas, 75006 Paris, du 23 mars - 21 avril 2017

Vue de l'installation des Paradis au Centre Assas
Vue de l'installation des Paradis au Centre Assas © Paolo Woods

Accès libre, réservation obligatoire sur www.paris2.fr invitation à télécharger et imprimer ou présenter sur smartphone avec une pièce d’identité à l’entrée.

Paolo WOODS :

On a photographié les objets du délit, issus de firmes pratiquant l'évasion fiscale mais, le seul inquiété à ce jour est le lanceur d'alerte : Antoine Deltour

Vue de l'exposition Les paradis au centre Assas
Vue de l'exposition Les paradis au centre Assas © P. Woods

L’université Paris II Panthéon-Assas, première université juridique de France, s’associe aux Rencontres d’Arles et présente ce premier évènement autour des Paradis fiscaux avec l’exposition Paradis / Rapport Annuel de Paolo Woods et Gabriele Galimberti.

La playlist de l'émission

  • Bob DYLAN : Knockin' on heaven's door (1975)

  • IAM : Monnaie de singe (2017)

  • Laura MARLING : Soothing (2017)

Aller plus loin

Les grandes banques européennes déclarent un quart de leurs bénéfices dans des paradis fiscaux, selon Oxfam

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