Novembre 1968. L'étonnante histoire de Maurice Gérard, alias le mage de Marsal, est l'une des affaires criminelles lorraines les plus énigmatiques de la fin des années 60. Les fils du prétendu guérisseur et de la grande prêtresse, Gabriel et Pascal, âgés de 3 et 6 ans, disparaissent mystérieusement...

Le mage de Marsal, Maurice Gérard, et son avocat répondent aux journalistes, 10 déc. 1968. Le mage et sa femme sont soupçonnés lors de la disparition de deux de leurs enfants
Le mage de Marsal, Maurice Gérard, et son avocat répondent aux journalistes, 10 déc. 1968. Le mage et sa femme sont soupçonnés lors de la disparition de deux de leurs enfants © Getty / Gamma-Keystone

Puis-je vous raconter l'histoire de l'un de mes échecs ? J'avoue que cette question, de la part d'un homme qui, c'est le moins qu'on puisse dire, n'a jamais brillé par sa modestie, m'a étonné. Après tout, monsieur X., puisqu'il me faut toujours l'appeler ainsi, semblait vraiment désireux de me raconter cet échec, son échec. Il se trouve curieusement que j'avais moi-même eu à connaître l'affaire dont il voulait me parler. 

C'était il y a 30 ans, dans les brumes d'un automne particulièrement glacial. À Paris, il flottait encore quelques effluves sulfureuses de mai 68. Mais là bas, en Lorraine, ce gros village de Marsal ne semblait pas avoir changé depuis des siècles. Hautes maisons grises, fossés, fortifications de Vauban, et à cette saison, le brouillard au-dessus des marais qui jouxtent le bourg. Un pays où le surnaturel semble affleurer entre terre et eau, une atmosphère tout à fait propice à faire naître légendes et superstitions. 

C'est là, le 23 novembre 1968, que commence L'affaire du mage de Marsal. C'est là que les premiers journalistes arrivés sur place, dont j'étais, découvrent une étrange maison, une grosse bâtisse qui a dû être très belle. Autrefois, c'était un lazaret, puis un hôpital militaire. Louis XIV lui-même y est venu visiter ses soldats blessés lors de la bataille de Rocroi. 

En 68, difficile d'imaginer sa splendeur passée et d'étranges, très étranges habitants. Mais n'allons pas trop vite. Ce qui attire tous ces journalistes en cette fin novembre 1968, c'est la mystérieuse disparition de deux enfants, deux tout petits enfants infirmes de trois et six ans. L'un ne parle pas, l'autre ne marche pas. 

Et depuis ce 23 novembre, affirme leur père, le mage de Marsal, un certain Maurice Gérard, ils ont disparu, sans doute enlevés par des gens désireux de lui dérober ses secrets magiques. Encore un mot, il existe, comme le souligne l'écrivain Gérard de Sède qui a consacré un livre à cette affaire, une sorte de tradition des enfants cachés dans ce pays. 

Ça commence bien sûr avec Saint-Nicolas, qui est en quelque sorte le père Noël local. Saint-Nicolas qui, selon la légende, a ressuscité trois petits enfants égorgés et découpés par un méchant boucher. Puis il y a Dagobert II, l'un des derniers mérovingiens. Le maire du Palais, Grimoald, l'ayant fait passer pour mort, l'enfant fut reconnu plus tard par un évêque et reconquis son trône avant de finir assassiné en pays lorrain. Et son fils Sigebert IV, a connu à peu près le même sort puisque l'histoire a perdu sa trace. 

Et bien sûr, il y a encore Jeanne d'Arc, dont certains continuent de penser qu'elle était née des amours adultères d'Isabeau de Bavière et du duc d'Orléans, et dissimulée dans la famille d'un honnête laboureur de Domrémy. 

Mais il est temps de revenir à notre histoire et d'essayer de comprendre d'abord pourquoi monsieur X. s'est intéressé à cette mystérieuse affaire... 

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