Deborah Jeane Palfrey est la propriétaire de la "Pamela Martin and Associates", agence d'escort girls ayant eu pour clients des membres du gotha américain de Washington DC, ce qui lui vaut d'être surnommée par les médias "DC Madam" - pour Washington DC - ou la "Madame Claude américaine".

Deborah Jeane Palfrey à la sortie du Palais de Justice fédéral. Wahington DC, 30 avril 2007
Deborah Jeane Palfrey à la sortie du Palais de Justice fédéral. Wahington DC, 30 avril 2007 © AFP / Mark Wilson / Getty Images Amérique du Nord / Getty Images via AFP

C'est l'un des classiques de la télévision et de la vie politique américaine : un politicien, accompagné de son épouse, se présente devant les caméras. La main sur le coeur, il reconnaît qu'il a péché, offensé gravement ses électeurs et sa famille, mais qu'il a renoncé à ses turpitudes. A côté de lui, l'épouse opine et pardonne et dans le meilleur des cas, on essuie quelques larmes furtives avant de s'embrasser...

L'un des derniers à se livrer à cet exercice de repentir médiatique était un sénateur de Louisiane, David Vitter. Un client parmi d'autres, tous appartenant à la fine fleur de l'establishment de Washington, d'une agence d'accompagnatrices ou escort-girls en anglais, dirigée par celle qu'on a appelé la Madame Claude américaine, Deborah Palfrey.

Si Monsieur X a décidé d'évoquer cette affaire de moeurs, c'est justement parce qu'elle va bien au-delà d'un banal scandale sexuel. Elle jette une lumière crue sur la pratique politique états-unienne et l'exploitation ou la manipulation de la vie privée. Elle illustre les liaisons dangereuses qui existent entre le sexe et la politique. Une affaire qui s'est terminée de façon tragique, et où l'on rencontre quelques grands noms de la politique américaine. À commencer par celui de Dick Cheney, le sulfureux vice-président de George W. Bush, l'homme qu'on a parfois présenté comme étant le véritable homme fort de la Maison-Blanche sous les deux mandats de Bush junior. Et par conséquent, l'inspirateur de sa politique...

Deborah Palfrey,  "DC Madam", la Madame Claude américaine

Cette élégante quinquagénaire est à la tête d'un réseau d'escort girls, de prostituées en bon français, et fait l'objet d'une enquête judiciaire sur ses activités... 

Chef d'entreprise, elle a vraiment conçu son activité de façon méthodique et ingénieuse. Née dans une petite ville de Philadelphie, Déborah a obtenu un diplôme de droit pénal, ce qui lui a permis de travailler en tant qu'assistante juridique à San Diego, en Californie.

Choquée par la façon dont fonctionnaient les agences d'escort girls et l'usage de la drogue imposée aux femmes, Deborah Palfrey voulait moraliser la profession ! C'est là que lui est venue l'idée de monter son agence. A Washington, la capitale fédérale fréquentée par beaucoup d'hommes seuls, politiciens, hommes d'affaires ou lobbyistes, les agences pullulent, il y en a des dizaines. Dès 1990, elle dispose d'un catalogue d'une douzaine de filles et gagne plus de 100 000 dollars par an.

Elle est dénoncée, sans doute par la mère de l'une de ses employées et avertie, elle essaie de fuir au Canada, mais elle est rattrapée avant d'avoir pu passer la frontière. Jugée et condamnée pour proxénétisme, elle va passer 18 mois en prison. Mais dès sa libération, elle monte une autre agence du nom de "Pamela Martin and Associates"

Deborah Palfrey, pseudonyme Julia ou pour les connaisseurs _DC Madam_, la Madame du district de Columbia, car c'est à Washington, dans la capitale fédérale, que ces escort girls vont louer leurs chambres. Pendant quinze ans, elle va faire d'excellentes affaires et gagner environ deux millions de dollars. Un réseau de 130 femmes belles et très bien éduqués : des professeures, étudiantes, chercheuses scientifiques ou jeunes officières de la Navy, qui peuvent se faire payer 300 $/heure en reversant leur commission de 50% à Deborah qui, elle, vit en Californie. Leurs clients sont principalement les membres du gotha américain de Washington DC.

Pour bien comprendre les raisons politiques qui provoquent la fin de l'agence, il faut se replacer dans le contexte de 2006 aux États-Unis. Le président américain George W. Bush est confronté à des sondages défavorables et le parti démocrate souhaite voter une motion de défiance. Le 29 septembre 2006, le nouveau procureur de Columbia Jeffrey Taylor, soucieux de faire diversion, délivre un mandat de perquisition pour fouiller la résidence Deborah Palfrey et saisit tous ses biens, procédure qui est surtout utilisée contre les trafiquants de drogues. Tout cela parce que les call girls interpellées ont avoué avoir des politiciens démocrates comme clients.

Sur les conseils de son avocat, elle donne une interview à la chaîne télévisée ABC et déclare qu'elle a toujours présenté son agence comme un service légal d'accompagnatrices réputé, comptant parmi ses clients de nombreux responsables des secteurs privé et public, du milieu politique, bancaire... Elle fait ainsi tomber Harlan K. Ullman et Randall L. Tobias et le nom du vice-président de Bush, Dick Cheney est évoqué comme client.

Le 15 avril 2008, Deborah Palfrey est condamnée pour racket, blanchiment d'argent et gestion d'un réseau de prostitution, risquant 6 à 7 ans de prison. Dans l'attente de son jugement, sa mère la découvre une corde de nylon autour du cou, le 1er mai 2008, dans l'abri de jardin près du mobile-home où elle vivait avec sa mère depuis la saisie de sa demeure et de ses comptes bancaires...

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  • Prince & the Revolution  Kiss 
  • Howard Woodstock  Shadows on the wall 
  • Montague Ewing  Policeman's Holid

📖. LIRE

Sexus Economicus - Le grand tabou des affaires d'Yvonnick Denoël, éd. Nouveau Monde, 2010.

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