Une Palestine soviétique ! De nombreux Juifs vivant en URSS en ont rêvé… Une première fois, dans les années 20, lorsque Moscou a créé une Région autonome juive dans le lointain Birobidjan, à la frontière chinoise. Il s’agissait clairement de juguler l’influence du mouvement sioniste, très populaire chez les Juifs soviétiques. Mais seules quelques centaines de familles ont accepté d’aller coloniser ce territoire si peu hospitalier. Et le gouvernement a essuyé un échec. Une deuxième fois, pendant la deuxième guerre mondiale, on a évoqué, jusque dans les plus hautes instances du Parti communiste à Moscou, la création d’une République juive en Crimée. A l’origine de cette idée, un homme, un des plus grands acteurs du pays, Solomon Mikhoels, président du Comité antifasciste juif, une organisation secrètement pilotée par Beria. C’est à la fin 1943, revenant d’un triomphal voyage aux États-Unis et en Grande-Bretagne, que l’artiste informe Staline de son idée… Une idée spectaculaire reprise au bond par de nombreux intellectuels juifs et qui suscite l’enthousiasme d’une importante organisation philanthropique juive américaine, le Joint Distribution Commitee… En février 44, des populations Tatars installées en Crimée sont déplacées. Le Kremlin s’est-il décidé à donner cette République aux Juifs ? En réalité, nous disait Monsieur X la semaine passée, Staline n’a jamais pensé sérieusement à cette affaire… Mais il s’en est servi pour appâter les Etats-Unis, obtenir la promesse de prêts à long terme, s’attirer la sympathie des Juifs américains et, en prime, diviser le mouvement sioniste. Mikhoels, sans doute un peu trop naïf, est tombé dans un piège. Un piège mortel ! Et dès que le rideau de fer tombera aux frontières de l’Europe de l’Est, le stalinisme renouera avec ses poisons d’avant-guerre : la recherche des com-plots, les purges et un antisémitisme aussi sournois que réel… Cela finira en janvier 53, deux mois avant la mort de Staline, par l’incroyable affaire des Blouses blanches…

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