Jamais encore le cœur du système soviétique, le plus secret, le plus opaque, n’avait été pénétré ! Je veux parler du formidable appareil de renseignement mis en place par Moscou pour piller la technologie occidentale, pallier du même coup les faiblesses de l’industrie soviétique et faire des économies considérables en matière de recherche. C’était en 1981 : un colonel, tapi à la direction T (sciences et techniques) du Premier directorat du KGB, décidait soudain de révéler à l’Ouest l’ampleur de la pénétration soviétique dans les domaines les plus sensibles de la recherche et de la technologie. Francophile, ayant longtemps été en poste dans notre pays, cet homme choisissait de s’adresser à notre service de contre-espionnage, la DST. Grâce aux milliers de documents fournis mois après mois par cet espion, nos agents découvraient ainsi l’existence d’un organisme, le VPK, c’est à dire la Commission de l’industrie militaire, chargé de planifier et d’organiser systématiquement l’espionnage scientifique et technologique. Une collecte faite à la demande : les divers secteurs militaires et industriels faisaient connaître tous les ans leurs insuffisances ou leurs retards. A charge pour les agents des services secrets soviétiques infiltrés dans le monde entier de leur fournir les informations technologiques qui leur manquaient. Ce même VPK chiffrait aussi méthodiquement les économies ainsi réalisées : des millions de roubles, chaque année… Monsieur X a déjà évoqué ici le dossier Farewell. Farewell étant le nom de code attribué par la DST à ce colonel du KGB qui s’appelait, on le sait aujourd’hui, Vladimir Ippolitovitch Vetrov. Et s’il a voulu revenir sur cette affaire extraordinaire, qui a été longtemps un des secrets les mieux gardés de la République, c’est parce que de nombreux points demeurent obscurs. Car même si, incontestablement, l’exploitation de la source Farewell a été un des succès les plus retentissants de nos services de renseignement, succès qui s’est traduit par l’expulsion de France de 47 pseudo-diplomates soviétiques, cette opération a peut-être aussi donné lieu à une ou plusieurs étranges opérations de désinformation. Un mot encore avant d’écouter Monsieur X : Vetrov, alias Farewell, a été arrêté par la police soviétique en février 1982. Non pas pour espionnage mais pour une affaire de droit commun : le colonel, pris d’un accès de folie, a tenté de poignarder sa maîtresse et tué un policier. Mais Monsieur X ne croit pas à cette version. Pour lui, Farewell, aux abois, a imaginé un simulacre d’assassinat sur sa maîtresse : provisoirement emprisonné, pensait-il, il échapperait aux limiers du KGB qui, immanquablement, finiraient par le démasquer. Mais un policier s’est interposé. Un malencontreux grain de sable ! Vetrov a donc été condamné à 12 ans de prison et envoyé en Sibérie. En Occident, nul ne sait alors ce qu’il est devenu. Sans nouvelles de leur espion, les hommes de la DST imaginent qu’il a été découvert et capturé. L’exploitation des renseignements qu’il a fournis peut alors commencer. Des espions soviétiques sont démasqués un peu partout dans le monde. Le KGB ap-prend ainsi l’existence d’une taupe au sein de son dispositif le plus secret… Vetrov finit par être démasqué. Extrait de sa prison sibérienne, il avoue. Condamné à mort, il aurait été fusillé au début de l’année 1985. Et j’emploie le conditionnel à dessein. Car, aujourd’hui encore, on ne sait pas si cet espion exceptionnel est réellement mort !

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