J'ai d'abord cru que Monsieur X se moquait de moi. Certes, je l'avais déjà entendu me parler d'affaires qui n'avaient que de lointains rapports avec ce monde du renseignement qu'il affectionne. Mais Mesrine, pourquoi ?

Jacques Mesrine à la prison de la Santé
Jacques Mesrine à la prison de la Santé © Getty

Et surtout, comment monsieur X pouvait il avoir des informations inédites sur la vie et la mort de celui que La Presse a affublé, sans faire un gros effort d'imagination, du titre d'ennemi public numéro 1 ? Monsieur X va s'en expliquer dans un instant et je vous assure que sa réponse ne manque pas d'intérêt, mais un peu de patience. 

Comme d'habitude après avoir enregistré ce nouvel entretien. Je me suis documenté et j'ai parcouru en particulier les journaux de 1978 et 1979, les années Mesrine. Il ne se passe en effet guère de jours sans que le bandit ne fasse parler de lui dans la presse. Évasions, attaques à main armée, rapt, Jacques Mesrine est partout. Et il écrit. Il écrit beaucoup aux journaux, en particulier. Pour se justifier, pour crier sa haine de la société, pour dénoncer les trop célèbres QHS, les Quartiers de Haute Sécurité dans lesquels on enferme, on enfermait les prisonniers jugés dangereux. Ou encore pour s'attribuer des crimes qu'il n'a jamais commis. 

Mesrine, à l'évidence, a besoin de s'exprimer, mais aussi d'être reconnu. 

Il se veut au dessus du lot des malfrats ordinaires. Il entend réincarner Robin des Bois, celui qui volait les riches pour donner aux pauvres. Bref, petit à petit, Mesrine construit sa légende. Il est temps, car la mort le rattrapera, en novembre 1979. 

Mesrine s'est donc servi de la presse, mais la presse le lui a bien rendu. Mesrine, c'est un sujet inépuisable. Quand on a un ennemi public numéro 1 sous la main, on l'utilise, on brode à satiété. Et Mesrine ne déçoit jamais puisqu'il se débrouille toujours pour aller au devant de l'actualité en agissant de manière audacieuse et surprenante. 

Bon prince, il va même jusqu'à accorder une interview à une jeune et jolie journaliste de Paris Match, alors même qu'il est recherché par toutes les polices de France. Sous Robin des Bois se dissimule Arsène Lupin, mais un Arsène Lupin méchant, teigneux, qui n'hésite jamais à brandir une arme et à tirer. Bref, un Arsène Lupin qui aurait du sang sur les mains. 

Quand Mesrine n'occupe pas lui même la une des journaux, ce sont ses femmes qui le remplacent, car dans chacune de ses aventures, le bandit est accompagné. En général elle est jeune, sexy et obéit aveuglément à son grand homme, ce qui lui vaut un jour ou l'autre de sérieux ennuis avec la justice. 

Femme d'ennemi public numéro 1, ce n'est pas une sinécure. Jeanne, Joyce ou Sylvie en savent quelque chose. 

Enfin, comme dans tout bon polar, le gangster doit avoir un flic qui lui donne la réplique, un flic à la hauteur. Mesrine s'est choisi Broussard, le brave commissaire Broussard. Un vrai policier de terrain qui cache son flair sous un collier de barbe légendaire. Entre les deux hommes, on est à tu et à toi. On est adversaires, mais on s'estime. Bref, on se combat à la loyale en respectant les règles de l'honneur. On verra ce qu'il en adviendra en novembre 79. 

ECOUTER  🎧 I Mesrine ou du zoom dans la tête (Archive INA) "Dossier X en cavale", une émission d'Éric Yung sur France Inter le 29 janvier 1984 : Portrait de Jacques Mesrine avec des enregistrements inédits de sa voix, archives de Gilles Millet, journaliste à Libération.

Mais je ne résiste pas au plaisir de vous raconter, comme l'a fait Broussard lui même, l'arrestation de Mesrine en 1973. Le bandit est repéré dans un appartement du 13° arrondissement de Paris. L'immeuble est cerné. Mesrine ne peut s'échapper. Broussard frappe à la porte de l'appartement : "Police, ouvre". Mesrine se trouve de l'autre côté de la porte. Il engage la conversation avec le policier, qui lui annonce d'emblée qu'il a de l'estime pour lui. Mais Mesrine se méfie. 

Si tu es Broussard, glisse ta carte de policier sous la porte. 

Le commissaire s'exécute. Quelques minutes passent, le temps pour Mesrine, qui se trouve en galante compagnie, de mettre ses affaires en ordre. Puis le gangster demande. 

Serais tu capable de venir me chercher sans arme ? 

Aussitôt, Broussard se sépare de son 357 Magnum. La porte s'ouvre. Mesrine apparaît dans l'entrebâillement, cigare au bec. 

Allez, viens, on va boire le champagne. 

Le commissaire entre dans l'appartement et la belle amie de Mesrine de sortir aussitôt des coupes. Vraiment ? Comme l'a dit plus tard le Commissaire Broussard :

C'était une arrestation qui avait de la gueule. 

A vous de juger. 

VOIR 👀  I  Qui était Jacques Mesrine #1 ?  (Archive INA)

Programmation musicale

  • Johnny Hallyday Mon p'tit loupa va faire mal) Live in Nashville - 1984
  • Chicago  25 or 6 to 4

Aller plus loin

LIRE 📖  I L'instinct de mort de Jacques Mesrine, le livre est paru le 3 février 1977, aux éditions JC Lattès, rédigé pendant qu'il était détenu aux QHS de La Santé et de Fleury-Mérogis. Réédition Flammarion en 2008, éditions Pocket en 2009.

LIRE 📖  I Mesrine intime - Lettres de prison à son avocate de Jacques Mesrine - Martine Malinbaum, Ed. du Rocher, octobre 2008

VOIR 👀 

. D'autres versions de Mesrine

La vie de Jacques Mesrine a déjà été portée à l'écran à travers Mesrine (1983) d'André Génovès avec Nicolas Silberg dans le rôle-titre, et le téléfilm La Chasse à l'homme (2006) d'Arnaud Sélignac avec Serge Riaboukine dans la peau du célèbre gangster.

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