Le biochimiste chilien fait partie des pages les plus noires de l'histoire récente du Chili. Eugenio Berrios a été associé à nombre d'opérations criminelles commises sous la dictature d'Augusto Pinochet en mettant tout son savoir au service de la police secrète de ce dernier, la DINA.

Eugenio Berrios, l’expert chimique et ex-agent de l’ancienne DINA, la police militaire sous le régime de Pinochet, 1993
Eugenio Berrios, l’expert chimique et ex-agent de l’ancienne DINA, la police militaire sous le régime de Pinochet, 1993 © AFP / LA NACION

Un destin et un dénouement toujours aussi mystérieux

Il trompait son monde en s'assurant de toujours être un bon compagnon à toute occasion permettant de servir ses intérêts. Eugenio Berrios, était un monstre et un assassin. L'artisan des basses œuvres du régime de Pinochet, fournissant drogues et poisons aux services spéciaux pour se débarrasser des plus indésirables...  Il aurait même été compromis dans le trafic de drogue organisé par le fils Pinochet, un trafic qui serait à l'origine de la fortune du dictateur déchu.

Berrios en savait beaucoup trop. Lorsque le Chili est redevenu un Etat démocratique, ses anciens employeurs l'ont soustrait à la Justice. Alors qu'il menaçait de faire des révélations, il est mort dans des conditions mystérieuses . Des pêcheurs ont retrouvé son squelette sur une plage uruguayenne en 1995. 

Un récit où l'on croise aussi des affaires déjà traitées par mon interlocuteur : la mystérieuse colonie nazie Dignidad ou encore la mise en place du Plan Condor en Amérique du Sud.

Si les années Pinochet sont loin derrière nous, nombre d'affaires assassinats, attentats n'ont jamais été élucidées d'autant que Augusto Pinochet est mort sans avoir jamais répondu de ses actes devant la justice. Ce qui laisse beaucoup de questions sans réponses.

Né dans la capitale chilienne en 1947, c'est un enfant qui n'est déjà pas tout à fait comme les autres. Intelligent, inventif, il s'est très vite intéressé aux sciences, la chimie essentiellement, affichant tout en même temps des convictions d'extrême droite et racistes, se déclarant ouvertement antisémite et citant Mein Kampf à tous propos… Dès la victoire électorale de Salvador Allende en 1970, il rejoint les rangs d'un groupe paramilitaire extrémiste, le Front national Patrie et Liberté qui lutte souterrainement contre le pouvoir socialiste et nourrit ainsi un terrible goût pour la violence. 

Un chimiste au service de la DINA 

Le chimiste intègre la DINA, la police politique et secrète chilienne très intéressée par ses qualités. Au sein de ce parti d'extrême droite, Patrie et Liberté, il fait la connaissance d'un certain Michael Townley, un américano chilien qui a rejoint la DINA dès sa création après le putsch de Pinochet. Il prend Eugenio Berrios sous son aile et le fait d'entrer à la DINA de sorte à ce que puissent être exploités ses talents de chimiste. D'autant que l'homme n'a jamais manqué d'occasions de gagner beaucoup d'argent, honnêtement ou pas.

Il savait manipuler les substances les plus illicites et pouvait très vite intéresser les producteurs comme les trafiquants de drogue d'Amérique du Sud. Ses rapports avec les trafiquants ne sont presque plus un mystère. Lui-même a participé au trafic. Il n'est pas exclu non plus qu'il ait été en même temps un informateur de l'agence étasunienne antidrogue. Il devient très vite un agent double très particulier qui n'hésite pas à manger à tous les râteliers. Il avait toujours besoin de plus d'argent et sa solde de la DINA ne lui suffisait bientôt plus. 

Il profite des besoins des services spéciaux qui cherchent toujours à se doter de nouveaux moyens de se débarrasser des personnes indésirables sans laisser de traces. Les empoisonnements dont la cause paraît naturelle, ou bien la contamination par un microbe. Les substances utilisées, qu'elles soient chimiques ou biologiques, doivent pouvoir abuser les médecins légistes. Il lui serait très vite demandé de fabriquer de tels poisons.

C'est ainsi qu'on lui a demandé de participer à un programme ultra secret reposant sur une alliance des dictatures militaires sud américaines visant à traquer et même à liquider leurs opposants respectifs sans tenir compte des frontières. C'est le fameux projet Andrea qui consistait à fabriquer du gaz sarin par tous les moyens possibles. Dans ce projet, un département était consacré à la fabrication d'armes non conventionnelles, les armes de destruction massive, chimiques, biologiques et nucléaires. Le chimiste y fait preuve d'une diabolique ingéniosité… Et il n'éprouve aucun scrupule à effectuer des travaux sur ses poisons, tels le sarin, des produits neurotoxiques. Il n'hésite pas à effectuer des test de ces expériences sur des prisonniers politiques…

Qui est ce mystérieux personnage et quels sont ses secrets ?

Bibliographie 

Discographie :

  • Caceres : Rompe con todo album : Revolucion, the chicano's spirit P&C Follow me Records
  • Violeta Parra : Santiago Penando Estas Arion (1965)
  • Stéfane Mellino : Serrana album : Variations hispaniques A.I.M. (2005)
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