Et si tout avait commencé à Thiaroye ? L’irrésistible mouvement de décolonisation du continent africain et la prise de conscience de la population de sa condition d’exploités.

C'est une supposition réductrice et certainement inexacte, et pourtant, ce massacre de demeure comme une cicatrice indélébile dans l'histoire de la colonisation qui a profondément marqué l'Afrique francophone et dont le souvenir reste toujours vif. François Hollande, lors d'un voyage au Sénégal, a reconnu officiellement la responsabilité de la France dans cette tragédie. 

Lors de la Guerre, la France a mobilisé en 39-40 de nombreux soldats coloniaux en provenance de son très vaste empire colonial. On estime lors de la débâcle de mai-juin 1940 que ce sont près de 150 000 combattants originaires des colonies qui se trouvent en France et, parmi eux, beaucoup d'hommes issus d'Afrique noire : les fameux tirailleurs sénégalais. 

En 1944, lorsque le territoire national s'est peu à peu libéré, s'est posée la question du rapatriement de ces soldats présents en métropole. On a estimé qu'il fallait les envoyer au plus vite en Afrique. Il faut organiser leur rapatriement, mais aussi assurer leur démobilisation, car officiellement, ce sont toujours des militaires, et ont le droit de toucher un rappel de solde et une prime de démobilisation. Malgré les circulaires officielles, les autorités militaires rechigneront souvent à payer ce qui est dû à ces soldats, ce qui provoquera de nombreux points du territoire de graves incidents et même de vraies mutineries. 

Lorsque les tirailleurs sénégalais rapatriés exigent de conserver leur équipement uniforme, cela crée de sérieuses frictions. Le plus dur est à venir car il y a toujours en suspend la question de la solde de captivité que ces ex-prisonniers de guerre n'ont pas encore touché. Doit s'y ajouter une prime de traversée payée dès le débarquement, mais calculée au tarif dévalué de l'AOF. 

Une fois rapatriés, les tirailleurs sénégalais doivent être envoyés à Bamako où ils seront démobilisés mais ils ne veulent pas quitter la ville avant d'avoir perçu ce qu'on leur doit. 

L'enchaînement des faits finit par déboucher sur le massacre de Thiaroye.

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