Le Putsch d'Alger du 21 avril 1961. Cette tentative de coup d'état de 4 généraux et de militaires de carrière de l'armée française en Algérie est menée en réaction à la politique du président de Gaulle considérée comme une politique d'abandon de l'Algérie française. La CIA a-t-elle joué un rôle ?

Les 4 généraux rebelles (de g. à d., André Zeller, Edmond Jouhaud, Raoul Salan et Maurice Challe) à la fin de l'insurrection (Putsch d'Alger), 26 avril 1961.
Les 4 généraux rebelles (de g. à d., André Zeller, Edmond Jouhaud, Raoul Salan et Maurice Challe) à la fin de l'insurrection (Putsch d'Alger), 26 avril 1961. © Getty / Keystone France

Le président Charles de Gaulle était la bête noire des Américains, on le sait. Il provoque leur incompréhension, voire leur hostilité, ce qui a exacerbé la tension entre nos deux pays.

Une question reste encore sans réponse : En 1961, les généraux putschistes d'Alger, ce quarteron de généraux, comme disait de Gaulle avec mépris, ont-ils été encouragés et soutenus par Washington ? 

L'histoire est très complexe et dissimule encore bien des obscurités...

En Algérie, dans la nuit du 21 au 22 avril 1961, quatre généraux français du cadre de réserve : Maurice Challe, Edmond Jouhaud, Raoul Salan et André Zeller, essayent de prendre le pouvoir. Ils tentent de soulever les militaires stationnés en Algérie et les Pieds-noirs dans un effort désespéré pour maintenir l'Algérie à l'intérieur de la République française. C'est le putsch d'Alger. Il va piteusement échouer en quatre jours.

Challe y critique alors la "trahison et les mensonges" du gouvernement envers les Algériens qui lui ont fait confiance et annonce que : "Le commandement réserve ses droits pour étendre son action à la métropole et reconstituer un ordre constitutionnel et républicain gravement compromis par un gouvernement dont l'illégalité éclate aux yeux de la nation."

VOIR I Le 23 avril 1961 à 20h, dans une allocution télévisée, le général de Gaulle dénonce le putsch des quatre généraux aussi surnommé "le quarteron des généraux" (document INA).

Le général de Gaulle appelle les Français à la rescousse : "Un pouvoir insurrectionnel s'est établi en Algérie sous la forme d'un pronunciamiento militaire..." On garde tous en mémoire la suite fameuse, sur le "quarteron de généraux en retraite", formule gaullienne ponctuée par un appel final et dramatique : "Françaises, Français, aidez-moi !" 

Le même jour, à 23h45, toujours à la télé, Michel Debré, Premier ministre, exhorte les Français à "aller à pied ou en voiture" pour dissuader les soldats de se rallier au putsch, qui menacerait de gagner aussi la France. D'énormes manifestations de gauche comme de droite se sont alors déroulées dans un Paris en quasi-état de siège et les appelés, convaincus par le discours du général de Gaulle, ont fait échouer le putsch en Algérie.

Dates-clés

  • 1er juin 1958 : le général de Gaulle devient le dernier président du Conseil de la IV° République.
  • 21 décembre 1958 : de Gaulle élu président de la V° République par un collège de 80 000 membres.
  • Janvier 1960 : "Semaine des barricades" à Alger.
  • 21 avril 1961 : le 1er REP s'empare des points stratégiques d'Alger. Début du putsch.
  • 23 avril : discours de De Gaulle à la télévision.
  • 26 avril : le général Challe se rend. Fin du putsch.
  • 28 octobre 1962 : référendum sur l'élection au suffrage universel du président de la République.

La version de Monsieur X. 

  • La CIA envisageait-elle de monter un complot contre le pouvoir gaulliste, ou quelques francs tireurs ?

"Non. Je pense qu'Allen Dulles, alors patron de l'agence américaine, et qui sera maintenue par le président, a vraiment pesé de tout son poids dans cette affaire. C'était un homme résolument anticommuniste qui n'a pas porté le général dans son cœur. De Gaulle va surtout s'efforcer de mener une politique équilibrée entre l'Est et l'Ouest. Une politique qui ne pouvait pas avoir l'assentiment de Washington. C'est pour cela qu'Allen Dulles, qui était un dur, n'apprécie pas du tout le général. D'autre part, il a dû prendre très au sérieux les informations que Jacques Soustelle a communiqué à ses subordonnés sur le rapprochement entre le FLN et Moscou." 

  • Cela veut-il dire que le gouvernement américain était sur la même longueur d'ondes que le patron de la CIA ? 

"C'est un peu plus délicat. La CIA était devenue un État dans l'État, elle pouvait agir de son propre chef. C'est arrivé maintes fois et le président américain, dans ces cas-là, a été mis devant le fait accompli et a dû couvrir après, comme on dit. Le président était parfaitement au courant des agissements de la CIA, mais il feignait de ne pas le savoir pour ne pas être impliqué personnellement en cas d'échec." 

  • Comment se traduit l'intervention américaine ?

"Après avoir commandé avec succès en Algérie, Challe est nommé à la tête du secteur Centre-Europe de forces armées en Algérie, a pratiquement anéanti les capacités militaires du FLN, le fameux "plan Challe". Il estime que Paris a arrêté prématurément cette grande offensive, et qu'il était possible de pacifier définitivement les départements algériens. Mais son obsession est la question des harkis, ces dizaines de milliers de supplétifs musulmans qu'il a engagés et dont il se sent responsable. Nul doute que le sort des Harkis, que la France abandonnera dans des conditions scandaleuses, compte dans l'engagement de Challe. Son autre obsession est le communisme."

Après avoir commandé avec succès en Algérie, Challe est nommé à la tête du secteur Centre-Europe de l'OTAN à Fontainebleau. Il est en contact avec ses homologues américains et occidentaux de l'Alliance. Il note que les généraux américains sont exaspérés par de Gaulle qui paralyse le fonctionnement de l'OTAN : la défense de l'Europe face à la menace soviétique. Des récréminations qui se traduisent par une seule phrase : "Pour assurer la défense du monde libre, il faut se débarrasser du général de Gaulle". Challe est sensible à ce discours..."

"Il commence à penser lui aussi que la présence du général à la tête de l'État est nuisible à cause de sa politique algérienne, mais aussi à cause de son hostilité vis à vis de l'OTAN. En décembre 1960, décision lourde de conséquences, le général Challe démissionne de l'armée et quitte l'OTAN. Challe est très populaire, très respecté, sa décision fait beaucoup de bruit dans l'armée, l'une des raisons qui précipitera dans les bras des futurs putschistes, bon nombre d'officiers supérieurs. Challes n'a pas encore choisi la dissidence et la rébellion mais la CIA va sûrement l'encourager à aller plus loin. A l'évidence, on lui a donné des assurances... mais cette affirmation est toujours controversée."

  • Les Américains ne vont-ils pas tenir les promesses faites au général Challe ?

"La CIA a réussi un premier coup en persuadant Challe de se lancer dans l'aventure mais elle attend avant de s'engager plus, avant de savoir comment les choses vont tourner. Cela tourne mal pour les généraux putschistes et les Américains vont faire marche arrière. Le président Kennedy, le premier, va faire savoir au général de Gaulle qu'il lui apporte son soutien militaire au besoin. Un soutien que de Gaulle rejettera avec mépris. La CIA ne s'est pas contenté d'influencer le général Challe, peut-être à son insu... il a toujours nié avoir eu le moindre rapport avec une puissance étrangère." 

Les agents de la CIA ont suivi de très près tous les activistes qui s'agitent en Algérie et en métropole...

LIRE I "L'Amérique contre de Gaulle - Histoire secrète" (1961-1969) de Vincent Jauvert , journaliste au Nouvel Obs. - éditions Seuil, 2000.

LIRE I "Histoire de la guerre d'Algérie" d'Alistair Horne - Ed. Albin Michel, 1980.

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