Hector Timerman, ministre des affaires étrangères argentin et son homologue iranien Javad Zarif, New-York 28 sept 2013
Hector Timerman, ministre des affaires étrangères argentin et son homologue iranien Javad Zarif, New-York 28 sept 2013 © MRECIC ARG / MRECIC ARG

Ses proches sont formels : le procureur argentin Alberto Nisman n’était nullement suicidaire. Et d’ailleurs, un homme qui a préparé une liste de courses pour sa femme de ménage, a-t-il l’intention de se donner la mort ? Plus sérieusement, un magistrat qui devait présenter le lendemain un important rapport devant une commission parlementaire, pouvait-il avoir l’intention de mettre fin à ses jours ? Non, dans cette affaire mystérieuse, rien ne plaide en faveur du suicide… Et tout, au contraire, incline à penser à un assassinat… à commencer par le fait que sur les mains de Nisman, il n’a été retrouvé nulle trace de poudre… Ou encore que les caméras de surveillance installées autour de son immeuble se trouvaient curieusement en panne le jour de sa disparition. Et puis il y avait les nombreuses menaces que le procureur avait reçues…

Alors pourquoi aurait-il été éliminé ? Le mobile de son ou de ses éventuels meurtriers doit bien sûr être recherché dans son travail de magistrat : la direction d’une enquête aussi tentaculaire que confuse surun double attentat antisémite perpétré à Buenos Aires dans les années 90 . Pour sa part, Alberto Nisman menait des investigations depuis dix ans et il était donc sur le point de communiquer dans un document quasi-définitif ses conclusions. Monsieur X nous l’a dit la semaine passée, le procureur allait certainement pointer la responsabilité des Iraniens dans ce double attentat… Toutefois il se disait aussi qu’il allait accuser le pouvoir, la présidente Kirchner en l’occurrence, d’avoir tout fait pour étouffer l’affaire et exonérer Téhéran… Devait-on alors le faire taire à tout prix ? Mais, à la toute fin de son dernier entretien, mon interlocuteur me disait aussi que d’une façon ou d’une autre, il fallait chercher la vérité du côté des services secrets argentins

Pour aller + loin :

Une belle découverte : les trois polars très noirs duromancier argentin Ernesto Mallo : « l’Aiguille dans la botte de foin », « un Voyou argentin » et «Les hommes t’ont fait du mal » . Dans le premier volume, on suit les pas de Perro Lascano, un flic dépressif et intègre, dans le Buenos Aires de la dictature du général Videla minée par la corruption, les relents d’antisémitisme et la lutte contre la « subversion ». Dans les deux tomes suivants, au début des années 80, la démocratie est revenue, mais dans un piètre état : Lascano s’est reconverti en détective privé et le boulot ne manque pas : règlements de comptes entre policiers et militaires, trafics en tous genres, assassins gradés couverts par l’amnistie. Cette formidable trilogie - qu'il faut lire dans l'ordre donné - est publiée chez Payot dans la belle collection Rivages noir.

Les liens

La bonne fortune du populisme : l’économie argentine sous les Kirchner (2003-2013) Dans la revue "Politique Etrangère" hiver 2013-2014, vol.78, un article de Lucas Llach

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