Monsieur X avait sa tête des mauvais jours lorsque nous nous sommes vus cette semaine… L'air sombre, l'œil hargneux, le sourcil frémissant. Pour-quoi ? Parce que, m'a-t-il dit, à l'occasion d'une rencontre avec d'anciens collègues, il venait de se remémorer une étrange histoire d'espionnage, " l'une des plus belles saloperies qu'il lui ait été donné de connaître dans sa carrière ", selon ses propres termes… Alors de quoi s'agit-il ? D'une affaire étonnante étant donné la personnalité de son malheureux héros… Un homme que rien ne destinait à jouer le rôle qu'on lui a attribué malgré lui. Bref un personnage qui n'avait pas la carrure de l'emploi et qui a été écrasé par ce monstre froid qu'est le monde du renseignement. Il s'appelait Eugène Rousseau. Un brave homme d'adjudant, un sous-officier sans histoires et sans ambition qui ne connaissait de l'armée que la poussière et la routine des bureaux et vouait à ses supérieurs une admiration sans bornes et un respect aveugle… Un bon père de famille enfin, sans doute seulement coupable de trop aimer ses enfants. Et pourtant c'est ce sexagénaire, qui, en 1970, a été condamné par la défunte Cour de sûreté de l'Etat à quinze ans de réclusion pour espionnage. Une saloperie, a dit Monsieur X. Peut-être. Car, derrière ce dossier, se profile une autre affaire, une manipulation interne à nos services secrets… Et Monsieur X l'affirme : Eugène Rousseau n'a été qu'un bouc émissaire, la victime d'un impitoyable règlement de comptes qui dépassait de loin sa modeste personne.

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