Quel symbole ! L’image même de la dictature ! Ce visage fermé, toujours désespérément impassible et surtout ces lunettes noires qui enfermaient le regard et lui interdisaient toute expression ! Un visage au garde-à-vous ! Comme son propriétaire : le général Wojciech Jaruzelski, dictateur polonais à la retraite qui, malgré son état de santé chancelant et plusieurs procès, n’en a pas encore fini avec la Justice de son pays… Cependant on sait depuis Pinochet que les dictateurs ont une manière bien particulière d’échapper aux poursuites judiciaires… Mais au reste, Jaruzelski est-il vraiment coupable ? Et de quoi ? Depuis l’effondrement de l’Empire soviétique, la question fait débat… Le général Jaruzelski, en décrétant la loi martiale en décembre 1981, n’a-t-il pas épargné à la Pologne une intervention de l’Armée rouge ? Et les Polonais ne devraient-ils pas lui être reconnaissants de leur avoir évité une occupation militaire et étrangère qui aurait été, à coup sûr, beaucoup plus sanglante que la dictature qu’il a imposée pour juguler l’irrésistible ascension du syndicat Solidarnosc, Solidarité en français ? A moins, bien sûr, que la menace soviétique n’ait été qu’un formidable bluff destinée à justifier la loi martiale… Monsieur X répond à ces questions et à bien d’autres – comme par exemple l’importance réelle de l’action du pape Jean-Paul II tout au long de ces années cruciales pour la Pologne mais aussi pour le destin de toutes les démocraties populaires. Un détail, toutefois, avant d’écouter mon interlocuteur : Jaruzelski, l’homme au visage de cire, ne porte pas des lunettes noires pour se dissimuler mais pour protéger ses yeux brûlés par la réverbération de la neige de Sibérie lorsque sa famille et lui-même ont été envoyés au Goulag au début de la Seconde Guerre Mondiale !

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