Quand un fils de dictateur, chef de la propagande et fou de cinéma, rêve de faire de la Corée du Nord une grande nation du cinéma, quitte à kidnapper des stars sud-coréennes pour servir ses films de propagande...

Kim Jong-il sur l'îlot Taegye, Corée du Nord, le 6 juillet 2009 - Document photo publié par l'agence de presse centrale coréenne officielle de la Corée du Nord
Kim Jong-il sur l'îlot Taegye, Corée du Nord, le 6 juillet 2009 - Document photo publié par l'agence de presse centrale coréenne officielle de la Corée du Nord © AFP / KNS / KCNA / FILES / AFP

Le leader Nord-Coréen qui voulait faire de son pays un nouvel Hollywood

L'histoire est à peine croyable : pour vivifier et renouveler le cinéma de son pays, le dictateur nord-coréen Kim Jong-il a tout simplement fait enlever deux stars sud-coréennes afin de les obliger à travailler pour lui ! Prisonniers, ces deux artistes n'ont pas eu d'autres choix que d'exercer leur art au service de la Corée du Nord. Il leur faudra attendre de longues années avant de pouvoir échapper à leur geôlier et de retrouver leur patrie.

Mais si cette affaire semble proprement insensée, il faut la replacer dans un cadre plus large. A plusieurs reprises, la dictature nord-coréenne a procédé au kidnapping de plusieurs citoyens du sud ou de Japonais afin, par exemple, d'en faire des espions. Une pratique que les Nord-Coréens ont longtemps niée avant, finalement, de devoir reconnaître, du bout des lèvres, leur culpabilité... au moins en ce qui concerne les enlèvements de Japonais.

Monsieur X a eu entre les mains un ouvrage étonnant qui retrace l'invraisemblable épopée de ce couple mythique de cinéastes sud-coréens, internationalement connu. Plaisamment intitulé Une superproduction de Kim Jong-il, ce livre de l'Américain Paul Fischer propose un récit détaillé et précis de la tragique mésaventure de Choi Eun-hee et Shin Sang-ok. Monsieur X s'en est inspiré mais, dit-il d'emblée, si l'enlèvement de ces deux stars est particulièrement emblématique, il s'agit aussi d'une affaire qui ne doit pas masquer une réalité encore plus monstrueuse...

Kim Jong-il, prêt à tout pour un bon film

De tous les profils, Kim Jong-il est sans doute le plus jusqu'au boutiste dans sa passion, au point de carrément faire enlever un réalisateur et une actrice afin de les forcer à faire des films pour lui... Telle est la terrifiante et malheureuse histoire du réalisateur Sud-Coréen Shin Sang-ok et de sa femme Choi Eun-hee qui fut enlevée à Hong-Kong par les services secrets Nord-Coréens en 1978. Jetée à fond de cale d'un bateau, elle fut emmenée  sous sédatifs jusqu'à Pyongyang, un voyage de huit jours. Le réalisateur, inquiet de ne pas voir revenir sa femme, se rendit alors à Hong Kong, avant d'être séquestré à son tour.

En deux ans, Shin Sang-ok tourna plus de 20 films pour le dictateur, pour des budgets équivalents ou supérieurs à 2,5 millions de dollars. Pour trouver l'inspiration, le metteur en scène piochait dans l'hallucinante collection de films du dictateur, près de 20 000 ! Les films les plus regardés par Kim Jong-il étaient notamment les exploits guerriers de Rambo, Vendredi 13 ou la saga des James Bond.

Ayant tenté de s'échapper deux fois, le malheureux réalisateur fut condamné à cinq ans de détention, où il fut, selon la terminologie officielle, "rééduqué". Sa femme eut droit aussi aux cours de rééducation pour apprendre l'histoire de la glorieuse révolution mené par Kim Il-sung, le père de Kim Jong-il.

🎥  Pulgasari, le dernier film réalisé en Corée du Nord par Shin Sang-ok avec Choe Eun-hee, en 1985

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Une échappée digne d'un thriller

La suite de leur hallucinante histoire relèverait d'un film si ce n'était pas une terrifiante réalité. Ce n'est qu'en 1986, huit longues années après leur douloureuse arrivée en Corée du Nord, que le couple a finalement reçu une autorisation de sortir du pays pour se rendre au Festival du Film de Vienne. Mais, pas question de laisser le couple seul, ils seront chaperonnés par une équipe de gros bras Nord-Coréens...

Le couple parvint à convaincre les hommes de main de les suivre en voiture derrière leur taxi, histoire de se faire plus discrets. Avec la complicité du chauffeur de taxi, ils arrivèrent à leur échapper pour foncer vers l'ambassade des États-Unis et demander l'asile politique.

Le réalisateur Shin Sang-ok et son épouse, l'actrice Choe Eun-hee, rescapés de l'enfer Nord Coréen. Photo non datée.
Le réalisateur Shin Sang-ok et son épouse, l'actrice Choe Eun-hee, rescapés de l'enfer Nord Coréen. Photo non datée. © AFP / Dong-A Ilbo

Dans la grande tradition de paranoïa chère aux dictateurs, Kim Jong-il fut persuadé, lorsqu'on lui rapporta l'incident, que le couple fut en fait victime d'un enlèvement organisé par les États-Unis. Il  envoya un message au couple en leur proposant très sérieusement de les aider à revenir à Pyongyang. Hallucinant...

Bien que l'on ignore si l'actuel leader de la Corée du Nord, Kim Jong-un, nourrit une passion aussi dévorante pour le cinéma que son père, on sait qu'il n'a pas vraiment aimé sa carricature dans le film L'interview qui tue et ne s'est pas privé de le faire savoir.

Programmation musicale

  • Ri Kyong Suk  Don't ask my name 
  • Bernard Hermann  The Crime of Bathsheba Spooner

Aller plus loin

🎥  "Kim Jong-il : Dictateur et cinéaste"

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

📖  LIRE

L'équipe
Contact