Les archives livrent peu à peu leurs secrets… A l'Est, par exemple, la fin de l'URSS a permis que s'entrouvrent quelques temps les fichiers du KGB… Mais les vieilles habitudes ont vite repris le dessus. Et les patrons des nouveaux services secrets ont refermé le couvercle. Au nom de la continuité, sans doute… A l'Ouest, il faut bien le reconnaître, cet effort de transparence est plus méritoire. Sous les coups de boutoir de l'opinion et des chercheurs, la CIA, en particulier, a déclassifié avec l'autorisation du gouvernement américain de nombreuses archives… Des archives plutôt embarrassantes qui jettent une lumière crue sur les activités et les méthodes de l'agence au cours du demi-siècle passé. Ainsi en 1997, un journal, le Baltimore Sun se procure un petit livret très secret au titre anodin : "Manuel de formation pour l'exploitation des ressources humaines". En fait, il s'agit d'un véritable vade-mecum à l'usage des tortionnaires. Un manuel de la torture, écrit en 1983 par des spécialistes de la CIA, et destiné essentiellement aux services de renseignement des pays de l'Amérique centrale, tels le Honduras ou le Guatemala… Le Guatemala, nous allons y revenir longuement avec Monsieur X, car, dit-il, les Etats-Unis y ont inauguré une méthode d'intervention destinée à faire école… Mais, avant d'écouter mon interlocuteur, je ne peux m'empêcher de vous donner quelques extraits de ce manuel de la torture, extraits publiés par le Nouvel Observateur en 1999. Et il y a d'abord ce préambule, monument de cynisme : "Nous ne prônons pas l'utilisation de techniques coercitives mais nous tenons à vous les faire connaître et à vous indiquer les manières efficaces de les pratiquer." Ainsi les spécialistes de la CIA, sans doute nantis d'une longue expérience, écrivent que "la douleur que l'on inflige à un sujet peut accroître sa volonté de résister. En revanche, la douleur qu'il pense s'infliger lui-même a plus de chances de saper ses résistances." Ils préconisent donc d'obliger les suspects à garder une position immobile, debout par exemple, pendant plusieurs heures. Et, si cela ne suffit pas, il faut en revenir aux bonnes vieilles méthodes pour affaiblir le sujet : la chaleur extrême, le froid glacial, le manque de nourriture ou de sommeil… Enfin, la terreur est conseillée : il s'agit de menacer de massacrer la famille du suspect, de violer ses sœurs, etc. Mais, attention, un bon bourreau se doit d'utiliser la terreur avec modération car "si une forte peur peut faire craquer le sujet, une panique prolongée peut plonger celui-ci dans une apathie défensive dont il sera difficile de le sortir…" Ces professeurs de torture ont suscité à coup sûr de nombreuses vocations en Amérique du Sud et en Amérique centrale... Mais le plus étonnant n'est-il pas que l'agence américaine ait osé rendre public un document aussi accablant ?

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