L'Italie en a-t-elle fini avec ses cauchemars ? A-t-elle décidément tiré un trait sur les " années de plomb " comme on les a appelées… Ces années 70 et le début des années 80 où se sont succédés les atten-tats, les assassinats et les jambisations, c'est à dire ces fusillades où les victimes, journalistes, hommes politiques, industriels étaient visés aux jambes… Sans doute, puisque la péninsule ne connaît plus de vio-lence. Mais, pour autant, l'Italie veut-elle vraiment faire la lumière sur ce qui s'est vraiment passé ? Une récente affaire judiciaire semble montrer que dans l'ombre, certains s'attachent à refouler la décou-verte de la vérité… Nous allons y revenir avec Mon-sieur X… Oui, une nouvelle fois, mon interlocuteur a choisi de me parler de l'Italie, un pays qu'il connaît bien et que, visiblement, il affectionne. Le 24 janvier de cette année, après de multiples péripéties judiciaires, la Cour d'appel de Venise a con-firmé la condamnation à vingt-deux ans de prison de trois hommes, Adriano Sofri, Ovidio Bompressi et Giorgio Pietrostefani… Qui sont-ils ? Ce sont d'anciens gauchistes, membres de l'organisation Lotta Continua. Tous trois ont depuis longtemps rompu avec les idées révolutionnaires de leur jeunesse et se sont brillamment insérés dans la société italienne. Mais en 1988, le passé les rattrape : un repenti, Leonardo Mari-no, les accuse d'avoir perpétré en 1972 l'assassinat d'un policier, le commissaire Calabresi. Tous trois nient. Mais, sur la seule foi des déclarations de Marino, ils sont condamnés. Le jugement est confirmé en ap-pel puis cassé. Au cours d'un nouveau procès, les trois anciens gauchistes sont acquittés. Mais la Cour de cassation annule ce dernier jugement. Un nouveau procès commence. L'épilogue, c'est donc la confirma-tion de la condamnation à vingt-deux ans de prison par la Cour d'appel de Venise. L'affaire a soulevé une grande émotion en Italie, essentiellement dans les milieux intellectuels qui ont critiqué les méthodes des magistrats et l'acharnement judiciaire dont ils ont fait preuve. Sofri et ses deux amis n'étaient-ils pas des boucs émissaires trop com-modes ? N'étaient-ils pas les victimes expiatoires de ces terribles " années de plomb " ? Et surtout, en les condamnant aussi lourdement, vingt-huit ans après les faits, ne voulait-on pas, une fois de plus, oublier à bon compte le passé ou même encore protéger les vrais responsables de l'assassinat du commissaire Calabre-si ?

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.