Trois ans après leur incarcération, le 24 janvier 1997, Adriano Sofri, Giorgio Pietrostefani et Ovidio Bompressi, accusés de l'assassinat du commissaire de police Luigi Calabresi, doivent donc retourner en prison.

Funérailles du Commissaire Luigi Calabresi, Milan 20 mai 1972
Funérailles du Commissaire Luigi Calabresi, Milan 20 mai 1972 © AFP / Farabola / Leemage

L'Italie en a-t-elle fini avec ses cauchemars ? A-t-elle décidément tiré un trait sur les "années de plomb" comme on les a appelées... Ces années 70 et le début des années 80 où se sont succédés les attentats, les assassinats et les jambisations, c'est-à-dire ces fusillades où les victimes, journalistes, hommes politiques, industriels étaient visés aux jambes... Sans doute, puisque la péninsule ne connaît plus de violence. Mais, pour autant, l'Italie veut-elle vraiment faire la lumière sur ce qui s'est vraiment passé ?

Une récente affaire judiciaire semble montrer que dans l'ombre, certains s'attachent à refouler la découverte de la vérité... Nous allons y revenir avec Monsieur X... Oui, une nouvelle fois, mon interlocuteur a choisi de me parler de l'Italie, un pays qu'il connaît bien et que, visiblement, il affectionne.

Le 24 janvier 2000, après de multiples péripéties judiciaires, la Cour d'appel de Venise a confirmé la condamnation à vingt-deux ans de prison de trois hommes : Adriano Sofri, Ovidio Bompressi et Giorgio Pietrostefani... Qui sont-ils ? Ce sont d'anciens gauchistes, membres de l'organisation Lotta Continua. Tous trois ont depuis longtemps rompu avec les idées révolutionnaires de leur jeunesse et se sont brillamment insérés dans la société italienne. 

Mais en 1988, le passé les rattrape : un repenti, Leonardo Marino, les accuse d'avoir perpétré en 1972 l'assassinat d'un policier, le commissaire Calabresi. Tous trois nient. Mais, sur la seule foi des déclarations de Marino, ils sont condamnés. Le jugement est confirmé en appel puis cassé. Au cours d'un nouveau procès, les trois anciens gauchistes sont acquittés. Mais la Cour de cassation annule ce dernier jugement. Un nouveau procès commence. L'épilogue, c'est donc la confirmation de la condamnation à vingt-deux ans de prison par la Cour d'appel de Venise.

L'affaire a soulevé une grande émotion en Italie, essentiellement dans les milieux intellectuels qui ont critiqué les méthodes des magistrats et l'acharnement judiciaire dont ils ont fait preuve. Sofri et ses deux amis n'étaient-ils pas des boucs émissaires trop commodes ? N'étaient-ils pas les victimes expiatoires de ces terribles "années de plomb" ? Et surtout, en les condamnant aussi lourdement, vingt-huit ans après les faits, ne voulait-on pas, une fois de plus, oublier à bon compte le passé ou même encore protéger les vrais responsables de l'assassinat du commissaire Calabresi ?

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