Des données récentes permettent de mieux comprendre pourquoi certaines classes d'âge sont épargnées par les épidémies de grippe. Le premier virus rencontré dans notre enfance nous marque durablement et influence nos réactions futures face aux autres virus grippaux.

La grippe, c'est la première fois qui marque
La grippe, c'est la première fois qui marque © Getty / Faba-Photograhpy

On commence à mieux comprendre pourquoi lors des grandes pandémies grippales, certaines classes d’âge sont mieux protégées que d’autres. Ce phénomène semble lié au virus qui nous a infecté pour la première fois, celui qui nous a fait perdre notre virginité grippale ! Ce premier contact survient pendant les premières années de notre vie.

Le virus H1N1 de 1918 avait fait des dizaines millions de victimes, et c'est un de ses cousins qui est revenu en 2009. Mais il s'est révélé très peu meurtrier. Pourquoi ? Parce que les vieux, qui sont les principales victimes de la grippe, ont résisté à ce nouveau virus H1N1 ! On avait attribué ce paradoxe au fait qu’ils avaient connu la grippe de 1918 et gardaient donc des anticorps quasiment un siècle après. Or, deux publications, dont la plus récente date de janvier, apportent des éléments d'explication plus précis. 

Il valait mieux, en 2009, ne pas être né en 1957 !

Une équipe canadienne a passé en revue les décès pendant la pandémie de 2009/2010 et a constaté une proportion anormale de sujets nés en 1957, année de la grippe asiatique et de son virus A/H2N2 ! En fait, les gens dont le premier contact avec la grippe, dans la petite enfance, était dû au virus asiatique H2N2 ont réagi beaucoup plus violemment au virus H1N1. Au contraire, les gens nés avant 1957, avaient été “marqués” par le virus H1N1 de 1918, cousin du virus de 2009. Ce qui les a protégé, c’est d'avoir fait leur “première grippe” avec un virus H1N1. 

Donc, c’est le fait d’avoir perdu sa virginité grippale avec le virus A/H2N2 à partir de 1957 qui a constitué un facteur de mortalité important face au virus H1N1 de 2009. A partir de 1968, un nouveau virus (Hong Kong) H3N2 a circulé majoritairement et supplanté le H2N2 de 1957.

En 1918, les victimes de la grippe espagnoles étaient souvent nées en 1890

L’équipe du Dr Gagnon rappelle que la grippe de 1918 a touché massivement et bizarrement de jeunes adultes dans la force de l’âge. Or, il  y a eu en 1890, 28 ans avant la grippe espagnole, une épidémie due à un virus H3Nx (on le connaît mal). Ce virus H3 aurait de la même façon, marqué cette génération, et l’aurait rendue vulnérable face au H1N1 espagnol.

En pratique, on commence à mieux comprendre l’immunité antigrippale, et à découvrir des éléments fondamentaux qui laissent espérer des progrès face à cette redoutable maladie. Pour l’instant, nous sommes désarmés. Les antiviraux, l’équivalent des antibiotiques mais pour les virus, marchent mal. Le vaccin est peu efficace, on ne sait toujours pas s’il sauve des vie, et son impact à long terme n’a jamais été étudié.  Heureusement que nous disposons des antibiotiques pour traiter les surinfections bactériennes, et de services de réanimation pour permettre aux malades gravement atteint de survivre aux jours les plus critiques. J’espère que l’évolution de nos connaissances permettra de mieux évaluer et de perfectionner les stratégies antigrippales actuelles qui paraissent encore très empiriques.

Références scientifiques

  • Gagnon, A. et coll (2018). Pandemic Paradox: Early Life H2N2 Pandemic Influenza Infection Enhanced Susceptibility to Death during the 2009 H1N1 Pandemic. mBio, 9(1), e02091–17. http://doi.org/10.1128/mBio.02091-17
  • Gostic, K. et coll (2016). Potent protection against H5N1 and H7N9 influenza via childhood hemagglutinin imprinting. Science, 354(6313), 722-726. http://doi.org/10.1126/science.aag1322
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