Après avoir raconté l'historique des médicaments tératogènes la semaine dernière, Dominique Dupagne commente la décision d'apposer des pictogrammes évoquant un danger pendant la grossesse sur les boîtes de centaines de médicaments.

J'ai raconté la semaine dernière l’histoire des médicaments dangereux pendant la grossesse et notamment la terrible histoire du Thalidomide, dont les enseignements n’ont pas permis d’éviter le drame tout récent de la Dépakine. L’Agence du Médicament a réagi en annonçant l’apposition de pictogrammes sur les boîtes des médicaments dangereux pendant la grossesse.

Il est impossible de tester les nouveaux médicaments chez des femmes enceintes.  On étudie donc son effet sur la grossesse chez plusieurs espèces de mammifères. Si tout se passe bien, le niveau de sécurité est déjà élevé, mais par principe de précaution, tout nouveau médicament est d'emblée contre-indiqué chez la femme enceinte. 

On attend ensuite les erreurs ! C’est à dire la prise intempestive du médicament par des femmes qui ignorent qu’elles sont enceintes. C’est fréquent et inéluctable. Les chercheurs étudient la survenue éventuelle de malformations lors de ces grossesses exposées au médicament. S’il ne se passe rien d’anormal après une dizaine d’années et des centaines de prises accidentelles pendant des grossesses, la contre-indication disparaît pour être remplacée par une précaution d’emploi. La notice professionnelle du médicament mentionne alors la nécessité de ne le prescrire à une femme enceinte que lorsqu’il n’existe pas d’alternative avec un médicament plus ancien et donc plus sûr.

Et c’est là qu’apparaît la polémique sur les pictogrammes. Leur présence sur les boîtes des rares médicaments dangereux pendant la grossesse ne se discute pas. Idem pour ceux qui sont très récents, et dont le risque de toxicité ne peut encore être écarté. Mais il est question d’apposer sur plus de la moitié des boîtes des autres médicaments (ceux dans la catégorie “à n'utiliser que si nécessaire”) un pictogramme montrant  une femme enceinte dans un triangle rouge, avec la légende “Grossesse = Danger” associé à la phrase “ne pas utiliser chez la femme enceinte sauf en l’absence d’alternative thérapeutique”

Je comprends et je soutiens la nécessité d'informer directement le public, mais je trouve que ce message très inquiétant devrait être assorti d’une information plus complète dans la notice, alors que celle-ci se contente le plus souvent d’une phrase évasive renvoyant sur le médecin. Ce dernier risque de passer pas mal de temps au téléphone pour rassurer des patientes inquiétées à tort par ce message.

Les professionnels de santé disposent d’une information détaillée sur un site officiel qui fait référence sur l’usage des médicaments pendant la grossesse : lecrat.fr. Il me semble que la notice présente dans les boîtes de médicaments devrait comporter l’adresse de ce site. Encore mieux, un flashcode permettrait d'accéder directement à la page du médicament avec son smartphone, car cette page est souvent plutôt rassurante. Tant qu’à informer, faisons le complètement.  

Dernière chose importante : le risque de malformation est surtout présent en début de grossesse, quand une femme ne sait pas forcément qu'elle est enceinte. Le logo devrait donc évoquer le risque de grossesse plus que la grossesse elle-même.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.