Le DMP, tantôt dossier médical personnel, tantôt dossier médical partagé, est un projet lancé officiellement en 2004 par Philippe Douste-Blazy. Il s’agissait (et il s’agit toujours) d’héberger nos données de santé sur des serveurs centralisés et sécurisés, afin de permettre un meilleur suivi médical.

le partage des données médicales d'un patient : un casse-tête parfois pour les médecins
le partage des données médicales d'un patient : un casse-tête parfois pour les médecins © Getty

Le bien-fondé du DMP semble une évidence mais l’enfer n’apparaît qu’après la bonne intention. Souvenons-nous du projet LOUVOIS destiné logiquement à uniformiser les systèmes de paye des militaires : lancé en 96 et abandonné en 2014 à cause de ses dysfonctionnements, il aura coûté 500 millions d’euros, et ce n’est pas un cas isolé. 

Le Dossier Médical Partagé est annoncé en fanfare tous les trois ans depuis 2004. Mais ça ne marche pas. Alors on change les équipes, et on recommence. L’addition s’alourdit à chaque cycle, il s’agit là aussi de centaines de millions d’euros.

Réussite en Estonie, échec en Angleterre et ailleurs

C’est un sujet très complexe. les équivalents du DMP lancés dans d’autres pays peuvent aussi bien être des succès que des échecs. Succès en Estonie, alors que les anglais qui avaient pourtant démarré avant nous, l’ont abandonné il y a 10 ans. Google avait lancé l’équivalent en 2008 avec Google Health, plus performant - à l’époque - que le DMP français actuel, avant de le fermer face à l’absence d’intérêt des utilisateurs.

J’ai cherché en vain une étude récente sur les déterminants de ces succès et de ces échecs,  et j’allais renoncer à me faire une opinion quand mon ami Philippe Ameline, un ingénieur qui suit le DMP depuis son origine, a analysé son échec programmé dans un article détaillé et sans pitié : “Le DMP : un mauvais concept, porté par le mauvais acteur, au mauvais moment”.

Mauvais concept

Mauvais concept car il n’a quasiment pas évolué techniquement depuis sa première version en 2007. Or la réussite d’un tel projet suppose une réflexion longue et une modification forcément lente des logiciels utilisés par les médecins, les laboratoires et les hôpitaux, qui sont censés l’alimenter en données médicales. Au lieu de cela, chaque nouvelle équipe a annoncé une généralisation dans les deux ans, ce qui est tout simplement impossible.

Le DMP reste donc essentiellement un empilement de documents disparates difficile à consulter. Y accéder n’est pas simple, car l’hébergement centralisé d’informations aussi sensibles, impose des contrôles d’accès très stricts dignes de la paranoïa des sites bancaires.

Mauvais acteur

Mauvais acteur ensuite, Philippe Ameline soulignant que l’assurance-maladie est avant tout un assureur, et que lui confier la gestion des dossiers médicaux, pose ou posera problème. Il n’y a pas de pouvoir qui ne finissent en abus, et utiliser le DMP pour surveiller les dépenses sera trop tentant, pour que l’Assurance-maladie qui en possède la clé résiste durablement à l’envie d’y accéder.

Mauvais moment

Enfin, ce DMP sort au mauvais moment, car les médecins généralistes, censés rédiger des synthèses annuelles pour rendre le DMP utilisable, sont débordés et renâclent déjà devant cette nouvelle taperasse.

Il est impossible de résumer le long article de Philippe Ameline. Ceux qui hésitent à ouvrir un DMP, car c’est une démarche volontaire, peuvent le lire sur Atoute.org. 

Le discours officiel est accessible sur le site du DMP.

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