De nombreux médecins prescrivent en routine du calcium et de la vitamine D pour prévenir les fractures liées à l'ostéoporose. Une synthèse récente des données scientifiques disponibles montre que cette pratique n'est pas justifiée et pourrait même être délétère.

Vitamine D et Calcium n'aident pas à lutter contre l'ostéoporose contrairement à ce que le bon sens pourrait nous indiquer
Vitamine D et Calcium n'aident pas à lutter contre l'ostéoporose contrairement à ce que le bon sens pourrait nous indiquer © Getty / MirageC

Si les bienfaits de la médecine sont innombrables, ses victoires contre la maladie ne la protègent pas des errances plus ou moins dramatiques qui entachent son palmarès. Ces errances trouvent presque toujours leur origine dans le pire des pièges scientifiques : le bon sens ! Ce redoutable bon sens qui voyait le soleil tourner autour de la terre, qui nous a fait coucher à tort les bébés sur le ventre pendant 20 ans, au prix de milliers de morts, ou qui nous persuade que le gras est responsable de l’infarctus, alors que c’est le sucre. Toutes ces fausses évidences sont nées d’idées séduisantes, mais simplistes autant qu’erronées. 

L’ostéroporose correspond au vieillissement naturel des os. Elle les fragilise et augmente le risque de fracture chez les vieux. Que nous dit le bon sens ? Qu’il y a du calcium dans les os, que le calcium, c’est dur, et que la vitamine D fixe le calcium ! Donc, prenons des compléments de calcium et de Vitamine D pour avoir des os plus solides !

Le fluor, vedette oubliée des années 80

Le problème, c’est que ça ne marche pas, mais alors pas du tout ! On avait déjà eu le problème avec les apports de fluor dans les années 80 : il rendait les os plus durs, mais malheureusement plus cassants

Depuis, de nombreux médecins, notamment les gynécologues, proposent aux seniors de prendre des compléments médicamenteux de calcium et de vitamine D, notamment quand le taux sanguin de cette vitamine est bas. Cette stratégie a été évaluée par de nombreuses études scientifiques randomisées (celles où l'on tire au sort ceux qui prendront ou non le traitement, et qui autorisent donc des conclusions fiables). Le journal de l’association médicale américaine (JAMA), vient de publier une méta-analyse de ces études randomisées, dont les conclusions sont sans appel : la supplémentation en calcium ou en vitamine D, ou leur association, ne diminuent pas le risque de fracture, et aurait même bizarrement tendance à l’augmenter ! Il n’existe donc aucune raison valable pour prescrire ces suppléments, y compris lorsque les taux sanguins de Vitamine D sont bas. Par ailleurs, la Haute Autorité de Santé française s’étonne régulièrement de la fréquence des dosages de vitamine D, alors qu'ils sont sans intérêt en routine car ils ne reflètent pas les stocks de l’organisme : un taux sanguin bas ne signifie pas forcément que l'on manque de vitamine D !

Les médecins sont lents à changer leurs pratiques

Il va sans doute falloir de nombreuses années pour que les médecins intègrent ces réalités scientifiques et modifient leurs pratiques. En attendant, il est désormais certain que sauf dans certaines situations très particulières, il est inutile de contrôler son taux de vitamine D ou de prendre des suppléments médicamenteux de vitamine D ou de calcium. Les apports alimentaires sont suffisants, à commencer par le calcium (calcaire) de l’eau du robinet.

Le moyen le plus sûr et le moins dangereux pour conserver des os solides reste à ce jour la pratique régulière d'une activité physique ! Les apports ou les traitements médicamenteux devraient être réservés aux sujets présentant des antécédents de maladies fragilisant les os.

Source scientifique :
ZHAO, Jia-Guo, ZENG, Xian-Tie, WANG, Jia, _et al._Association Between Calcium or Vitamin D Supplementation and Fracture Incidence in Community-Dwelling Older Adults: A Systematic Review and Meta-analysis. Jama, 2017, vol. 318, no 24, p. 2466-2482. doi:10.1001/jama.2017.19344

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