Le dépistage du cancer de la prostate par dosage du PSA est un sujet qui oppose régulièrement urologues et spécialistes en santé publique. Une nouvelle étude importante confirme que l'intérêt de ce dépistage reste à prouver, alors que ses inconvénients sont certains.

Le dépistage trouve deux fois trop de cancers, ou plutôt découvre des petites lésions cancéreuses qu'il aurait mieux valu ignorer.
Le dépistage trouve deux fois trop de cancers, ou plutôt découvre des petites lésions cancéreuses qu'il aurait mieux valu ignorer. © Getty / BSIP

Le dépistage du cancer de la prostate par toucher rectal, mais surtout pas le dosage du PSA dans le sang, est encore l'objet d'un controverse malgré la quasi-unanimité de la communauté scientifique pour mettre en doute son intérêt. On dispose depuis plusieurs années de publications portant sur des centaines de milliers d’hommes qui concluent à un bénéfice nul ou trop modeste sur la mortalité pour justifier la gravité des conséquences d’une ablation de la prostate ou d’une radiothérapie chez des milliers d’hommes tous les ans. Beaucoup d'urologues continuent pourtant à prôner ce dépistage dans les médias, et à leurs patients ! Or, une nouvelle publication conforte ses détracteurs.

Cette étude est remarquable par son ampleur : 400.000 hommes, suivis pendant dix ans, dont la moitié, tirés au sort, ont été incités à pratiquer un dosage initial et unique du PSA. C’est l’effectif le plus important jamais suivi dans cet objectif. 

L'étude a été réalisée au Royaume Uni où ce dépistage n’est pas recommandé et très peu pratiqué. Le protocole de l’étude prévoyait des biopsies de la prostate en cas de PSA supérieur à trois ng/ml, et si un cancer était découvert en analysant ces biopsies, il était traité par chirurgie, rayons ou surveillance.

Aucun effet sur la mortalité

Le résultat obtenu est conforme à la majorité des autres études : aucun bénéfice sur la mortalité par cancer de la prostate : après dix ans de suivi, les hommes incités doser leur PSA sont morts de ce cancer dans les même proportions que ceux qui n’y était pas incités. Cela veut donc dire que si un impact favorable du dépistage par PSA existe vraiment, il est tellement minime que l’on n’arrive pas à le mettre en évidence malgré des études réalisées sur des effectifs très importants. 

En revanche, dans le groupe qui a réalisé le dépistage, on a constaté deux fois plus de cancers de la prostate que dans le groupe contrôle. Cela signifie qu’un cancer sur deux diagnostiqué grâce à un dosage du PSA n’aurait jamais fait parler de lui pendant les dix ans de suivi.

Toujours le problème du surdiagnostic

Découvrir deux fois plus de cancers chez les gens qui font un dépistage que chez les autres, dont les cancers sont révélés par des symptômes, signifie que le dépistage trouve deux fois trop de cancers, ou plutôt découvre des petites lésions cancéreuses qu'il aurait mieux valu ignorer. Cela s’explique par le fait que beaucoup de ces cancers localisés disparaissent tous seuls ou n’évoluent pas, et qu’on les a donc détectés à tort. C’est un phénomène bien connu observé pour la majorité des autres cancers d'un taille inférieure à 1 cm. 

Mais il y a pire : une autre étude montre que la découverte d’un cancer de la prostate multiplie par cinq le risque de suicide ! Il faut dire que vivre avec une impuissance ou une incontinence due à l'ablation de la prostate n’améliore pas la joie de vivre.

C'est pourquoi ce dépistage n’est ni organisé, ni recommandé par l’Institut National du Cancer et déconseillé par la Haute Autorité de Santé, alors qu'il est paradoxalement encore beaucoup pratiqué.

Source 

Martin RM, Donovan JL, Turner EL, et al. Effect of a Low-Intensity PSA-Based Screening Intervention on Prostate Cancer MortalityThe CAP Randomized Clinical Trial. JAMA. 2018;319(9):883–895. doi:10.1001/jama.2018.0154

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