En matière de santé, la prévention est le mot préféré des politiques, et aussi l’activité principale des médecins qui suivent des patients pour leur hypertension artérielle ou leur diabète alors qu'ils ne se plaignent pourtant de rien. Ils cherchent à prévenir les complications de ces maladies ou facteurs de risque.

Les bilans de santé sont-ils utiles ?
Les bilans de santé sont-ils utiles ? © Getty / Sarinya Pinngam / EyeEm

Cette médecine préventive a largement participé à l’augmentation phénoménale de l’espérance de vie au 20e siècle, notamment avec les vaccinations. Mais comme pour toutes les bonnes choses, l’excès peut être dangereux.

Tout le monde comprend que faire la visite d’entretien de sa voiture tous les 10000 km, est une bonne chose. Mais si le garagiste vous propose de déposer le moteur tous les six mois pour prévenir les pannes, vous allez refuser ! Vous refusez par ce que vous comprenez intuitivement que cela risque plus de créer des pannes que de les éviter. Il en est de même pour le corps humain, à une  différence près, c’est que le patient n’a pas cette intuition protectrice ! Churchill disait avec humour “Une pomme le matin, éloigne le médecin, à condition de bien viser “, mais la majorité des gens croient que plus on fait d’analyses et d’examens pour détecter des maladies, mieux c’est, tout simplement, or c'est faux.

Ne pas en faire trop !

Comme pour la voiture, faire trop d’examens est inutile voire dangereux. C’est ce que vient de confirmer une synthèse réalisée par la Collaboration Cochrane, organisme réputé qui passe au crible les stratégies médicales. La pratique de bilans de santé, c’est à dire de batteries d’analyses et d’examens réalisés chez des gens qui ne se plaignent de rien, n’augmente pas l’espérance de vie ! 

Trop d'inconvénients pour de maigres bénéfices

Tout d’abord le bénéfice est faible chez les bien-portants : il y a paradoxalement peu de maladies dont le pronostic est amélioré par une détection précoce en l’absence de symptômes. 

En revanche, de nombreux nodules cancéreux disparaissent tout seuls, et si on les découvre à l’occasion d’un bilan de santé, on traite à tort des gens qui n’en auraient jamais souffert ! C’est le cas notamment pour le rein, le sein et la prostate ou la thyroïde.

Enfin, d’autres maladies se soignent aussi bien une fois que leurs symptômes se sont déclarés, comme le cancer du testicule par exemple, et leur détection précoce est alors sans intérêt.

Donc en pratique, les maigres bénéfices des bilans de santé semblent annulés par leurs inconvénients, car ces bilans n’améliorent pas l’espérance de vie.

Mais alors, que faire pour rester en bonne santé ?

Et bien la médecine préventive doit reposer avant tout sur l’hygiène de vie, sur la vaccination, et sur la recherche ciblée des maladies ou facteurs de risques dont le bénéfice du dépistage est validé par la science : essentiellement l’hypertension artérielle, le cancer du côlon et le cancer du col de l’utérus. D’autres dépistages peuvent se justifier chez des sujets exposés à un risque spécifique.

La réponse à la question du titre est  donc négative. Autant les examens ou analyses orientés par des symptômes sont précieux pour le diagnostic du médecin, autant les bilans de santé systématiques chez les bien portants sont à éviter.

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