Des suicides impliquant le médicament vedette de l'alcoolisme ont été signalés. Remettent-ils en cause l'intérêt de ce médicament ?

Faut-il avoir peur du baclofène ?
Faut-il avoir peur du baclofène ? © GARO / Phanie

Dominique Dupagne fait le point sur le baclofène, ce médicament qui a bouleversé la prise en charge médicale de l’alcoolisme alors qu’il était commercialisé depuis 40 ans pour traiter les contractures musculaires.

C’est une découverte fortuite, que l’on doit à un médecin cardiologue touché lui-même par l’alcoolisme. Il avait entendu parler de malades traités par baclofène qui constataient la diminution de leurs pulsions irrépressibles vers l’alcool. Il l’a testé avec succès sur lui-même et s’est battu depuis 2004 pour faire reconnaître l’intérêt de ce médicament dans la lutte contre l’alcoolisme.

Cette découverte médicale, sans doute la plus importante de ce siècle en terme de santé publique, n’est pas issue de la recherche universitaire, mais d’un médecin isolé soutenu par la communauté des malades de l’alcool. Et d’ailleurs, comme trop souvent dans ce genre de situation, l’Université et les autorités sanitaires se sont liguées contre cet usage révolutionnaire du baclofène. Elles ont peut-être été influencées par l’industrie pharmaceutique qui voyait d’un mauvais oeil ses médicaments récents ridiculisés par une vieille molécule tombée dans le domaine public.

Heureusement, les freins administratifs se sont assouplis récemment et la prescription du baclofène est de plus en plus facile. Quant à ceux qui doutent encore de son efficacité, Dominique Dupagne leur répond : “les statistiques, c’est pour les losers”.

Cette boutade de pharmacologue signifie que lorsqu'on étudie un médicament qui fait passer le taux de guérison d’une maladie grave de 0 à 20%, ce n’est pas la peine de faire des études compliquées et des analyses statistiques complexes pour établir son efficacité. Il n’y a pas eu besoin d’études statistiques pour prouver l’intérêt de la pénicilline.

Pour autant, le baclofène n'est pas un produit anodin, surtout à la forte posologie qui est nécessaire pour agir contre l’alcoolisme. La somnolence et les nausées notamment sont fréquentes, et l’intensité de ces effets indésirables impose souvent l’arrêt du traitement. Des suicides médicamenteux incluant de fortes doses de baclofène ont été rapportés. En fait, les alcooliques sont malheureusement fortement exposés au risque de suicide, et rien ne prouve actuellement que le baclofène augmente ce risque.

Pour le Docteur Dupagne, le bénéfice probable en terme de vies sauvée est tel qu’il ne serait pas remis en cause par quelques décès face aux 20000 français qui meurent de l’alcool tous les ans. Il rappelle que la lutte contre l'addiction à l'alcool ne se résume pas aux médicaments : les groupes de soutien constituent l’autre moyen efficace pour maîtriser l’addiction à l’alcool.

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