L'acide acétyl-salicylique, appelé aspirine depuis 1899, est dérivé de l’acide salicylique, présent dans de nombreux végétaux. C’était l’antidouleur, l’antipyrétique et l’anti-inflammatoire de référence pour nos grand parents. Depuis 50 ans, l'aspirine à petite dose est aussi utilisée pour prévenir l'infarctus ou l'AVC

Prendre de l'aspirine pour protéger son coeur ou ses artères n'est pas un acte anodin
Prendre de l'aspirine pour protéger son coeur ou ses artères n'est pas un acte anodin © Getty / Tetra Images

L'aspirine diminue le risque de formation de caillots dans les artères en empêchant les plaquettes sanguines de s'agréger entre-elles. Les plaquettes sont des cellules sans noyau, trois fois plus petites que les globules rouges, dont le rôle est de colmater les fuites. Pour expliquer leur mode d’action, j’aime bien la métaphore de la poêle anti-adhésive. 

Les plaquettes sont destinées à colmater en urgence les fuites dans nos vaisseaux sanguins

Si vous faites une omelette dans une poêle neuve : tout va bien, l’omelette glisse et ne colle pas grâce au téflon qui recouvre l’aluminium. Mais si vous employez une vieille poêle dont le revêtement est rayé, mettant à nu l’aluminium, l’oeuf va coller au métal et remplir ces fissures. Il en est de même dans nos vaisseaux sanguins : les plaquettes circulent librement et n’adhèrent pas au revêtement interne de nos artères (qui joue le rôle du téflon). Mais en cas de coupure, une brèche apparaît dans ce revêtement, mettant à nu la paroi de l’artère. Cette paroi contient des substances qui activent les plaquettes : elles s’agrègent alors entre-elles pour former en urgence un bouchon provisoire qui va colmater la fuite.

Cette agrégation plaquettaire n’est qu’un des éléments d’une cascade de réactions en chaîne qui nous permet de survivre aux blessures légères sans nous vider de notre sang.

L'agrégation plaquettaire peut aussi aboutir à des drames

Le problème, c’est qu’il n’y a pas que les blessures qui activent les plaquettes. Si le revêtement interne des artères est fissuré, sclérosé par l’hypertension, le tabac ou une mauvaise alimentation, les plaquettes vont s’agréger à tort au contact de la paroi mise à nu par ces lésions, alors qu’il n’y a pas de fuite ! Et c’est le drame : le bouchon formé par les plaquettes devient un caillot de sang, et s’il bouche l’artère, c’est l’infarctus ou l’AVC : l’accident vasculaire cérébral. 

J’en reviens à l’aspirine, qui inhibe l’agrégation des plaquettes. Elle diminue donc le risque d’infarctus ou d’AVC. Le problème, c’est qu’elle inhibe aussi leur action bénéfique contre les fuites, et favorise malheureusement les saignements et les hémorragies internes. 

Si l’action anti-agrégante plaquettaire de l’aspirine est très précieuse chez les sujets à haut risque d’infarctus ou d’AVC, peut-on l’utiliser aussi à titre préventif chez tout le monde ? Pour les adultes d’âge moyen en bonne santé, la réponse a été apportée par des études déjà anciennes. Elles montraient que le risque d’infarctus diminuait, mais que celui de faire une hémorragie grave augmentait d’autant. Donc, bilan nul.

Pas d'aspirine préventive en automédication, y compris chez les personnes âgées !

La question restait posée chez les sujets de plus de 70 ans. Et bien une étude récente et solide va dans le même sens que chez les plus jeunes : la prise quotidienne de petites doses d’aspirine chez des sujets ne présentant pas de facteurs de risque aurait plutôt tendance à augmenter leur mortalité, même si elle tend conjointement à diminuer le risque cardiovasculaire. Donc, pas d’automédication sauvage : l’aspirine à visée préventive ne concerne que les sujets à risque, et doit être prescrite par un médecin !

Sources : 

McNeil, John J., et al. "Effect of aspirin on cardiovascular events and bleeding in the healthy elderly." New England Journal of Medicine 379.16 (2018): 1509-1518.

McNeil, John J., et al. "Effect of aspirin on all-cause mortality in the healthy elderly." New England Journal of Medicine 379.16 (2018): 1519-1528.

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