Alors que le changement de formule du médicament LEVOTHYROX a créé d'important problème en France, sa commercialisation en Suisse n'a pas soulevé de problème significatif. Pourtant les médicaments suisses et français proviennent des mêmes chaînes de fabrication.

Boîte de Levothyrox
Boîte de Levothyrox © AFP / Rémy Gabalda

Rappel des épisodes précédents :  En 2017, le laboratoire Merck commercialise une version modifiée de son médicament LEVOTHYROX (qui contient de la thyroxine), utilisé par trois millions de français. L’ancienne formulation n’était pas assez stable et perdait un peu d’efficacité avant la date de péremption du médicament.

Beaucoup d'utilisateurs ont ressenti des troubles variés et parfois invalidant lors du passage à la nouvelle formule du LEVOTHYROX, mis sur le compte d’un dérèglement hormonal par les médecins et les autorités sanitaires. Ils étaient nombreux dans l’absolu, car 10% de trois millions d'utilisateurs représentent 300 000 sujets, mais la grande majorité des utilisateurs de Lévothyrox n’ont eu aucun problème. 

Une colère compréhensible

Il y a clairement eu des erreurs autour de cette modification : l’Agence du Médicament n’a communiqué qu’auprès des médecins, avec une lettre très rassurante sur les conséquences de cette modification. Les médecins en ont peu ou pas parlé à leurs patients. Et c’est donc après avoir subi un dérèglement thyroïdien souvent très pénible que des centaines de milliers d’utilisateurs ont découvert que leur médicament avait changé.

Leur colère est compréhensible, d’autant qu’à l’époque, le LEVOTHYROX était le seul médicament en comprimé disponible en France pour corriger un déficit en hormone thyroïdien.

Quelques milliers de patients continuent à incriminer le nouveau LEVOTHYROX

Pour la majorité d’entre-eux, tout est rentré dans l’ordre après une adaptation posologique laborieuse car il faut parfois plusieurs mois pour retrouver le bon dosage. Entre-temps, l’Agence du médicament a encouragé la commercialisation en France de concurrents du Levothyrox.

Mais quelques milliers d’utilisateurs ont décrit des troubles persistants malgré l’adaptation éventuelle de la posologie ou un changement de médicaments. Particulièrement virulents, ils ont mis en cause les excipients contenus dans les comprimés, qu’ils soupçonnent d’être toxiques malgré les analyses rassurantes de l’Agence du médicament. Des procès ont été intentés au fabricant et à l’Agence. Les médecins invoquaient plutôt l’effet nocebo induit par le buzz médiatique, c’est à dire le miroir en négatif de l’effet placebo.

Face à cette situation particulièrement confuse, un élément important était attendu : l’impact de la commercialisation du nouveau LEVOTHYROX dans d’autres pays, et notamment en Suisse où il a remplacé l’ancienne formule depuis plus de 6 mois.

Or il ne s’est quasiment rien passé ! La substitution entre l’ancienne et la nouvelle formule a nécessité des ajustements de posologie, mais n'a généré ni buzz médiatique, ni mobilisation de patients. Pourtant, la composition est strictement identique à celle commercialisée en France et provient de la même usine. 

Beaucoup de facteurs sont sans doute entrés en jeu : meilleure information des patients par les médecins, autres médicaments disponibles en Suisse, et sans doute ce fameux effet nocebo qui sera l'objet de la chronique du 15 janvier, car il peut concerner tous les médicaments.

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