Les liens entre la consommation raisonnable d'alcool et la santé constituent un vrai serpent de mer : tantôt réputé protecteur pour le coeur, tantôt accusé d'être cancérigène dès le premier verre, et toujours dangereux au volant, l’alcool agite les médias et même le Gouvernement.

A quantité d’alcool égale, le vin n’a pas du tout le même impact que la bière ou les alcools forts
A quantité d’alcool égale, le vin n’a pas du tout le même impact que la bière ou les alcools forts © Getty

La revue scientifique The Lancet a publié le 14 avril une synthèse de grande qualité concernant l’impact de l’alcool sur notre santé. Tout d’abord, précisons que nous n’aurons jamais de certitudes sur ce sujet. Il faudrait pour cela réaliser comme pour les médicaments une étude randomisée, c’est à dire constituer par tirage au sort deux groupes, l’un incité à la sobriété, l’autre à boire de l’alcool. Après un suivi prolongé on pourrait vraiment évaluer l’impact de l’alcool sur les maladies et la mortalité en général.  

Une telle étude étant impossible à mener, les scientifiques doivent se contenter d'une méthode moins fiable, qui consiste à suivre à long terme de larges populations pour étudier leur devenir et leur survie en fonction de leur consommation spontanée d’alcool.

Une fiabilité limitée

Ces études dites "d'observation" sont moins fiables car elles comportent des biais qui peuvent fausser l’interprétation des résultats. Par exemple, les gens qui boivent peu (spontanément) sont plus raisonnables dans leur comportement, en général, que les gros buveurs. Les gens de constitution fragile sont plus représentés dans le groupe des non-buveurs. Ces biais perturbent l’interprétation des différences de survie observées en fonction de la consommation d’alcool. Comme toujours, il faut être prudent avec ce type de données. L’épidémiologie est une science descriptive qui permet de formuler des hypothèses, mais quasiment jamais des certitudes à elle seule.

Après cette mise en garde habituelle, revenons à la synthèse du LANCET. Les auteurs ont donc colligés 83 études portant sur 600.000 sujets : on ne pourra plus jamais faire mieux, et cette publication est donc nouvelle référence pour de nombreuses années. Pour autant, ses résultats ne sont pas nouveaux : une consommation l’alcool inférieure à 2 bouteilles de vin, ou une demi-bouteille d’alcool fort ou encore une dizaine de bières par semaine, est associée statistiquement à une légère diminution de la mortalité cardio-vasculaire et n’a pas d’effet nocif sur la mortalité "toutes causes".

N’oublions pas pour autant les conséquences potentielles d’une telle consommation sur la vie sociale, la productivité au travail ou la sécurité routière.

Ce qui est particulièrement intéressant dans cette publication, ce sont ses données détaillées (dans un appendice) en fonction de la fréquence de la consommation et de la nature de l’alcool. Par exemple, le fait de répartir la dose hebdomadaire en trois fois ou plus est bien préférable à la beuverie unique du week-end, chère aux nordiques. Mais surtout, à quantité d’alcool égale, le vin n’a pas du tout le même impact que la bière ou les alcools forts, il faut consommer plus de 3 litres de vin par semaine pour qu’une surmortalité significative apparaisse dans les statistiques  !

Ni prescrire, ni proscrire !

Comme les meilleures données disponibles ne permettent donc ni de conseiller, ni de déconseiller une consommation de vin allant jusqu’à une demi-bouteille par jour, chacun peut faire comme il le sent, à condition bien sûr, de ne pas conduire après. 

Source scientifique :
Risk thresholds for alcohol consumption: combined analysis of individual-participant data for 599 912 current drinkers in 83 prospective studies. Wood, Angela M et al. The Lancet , Volume 391 , Issue 10129 , 1513 - 1523 https://doi.org/10.1016/S0140-6736(18)30134-X et son appendice.

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