La Ministre de la santé Agnès Buzyn a dévoilé les grandes orientations de la stratégie santé du Gouvernement. Mesure phare en matière de prévention : la gratuité et surtout l’organisation du dépistage du cancer du col de l’utérus assurée par le rituel et incontournable frottis cervico-vaginal de dépistage.

Agnès Buzyn en 2017
Agnès Buzyn en 2017 © AFP / Eric FEFERBER

Le dépistage du cancer du col de l'utérus est, comme celui du cancer du côlon, particulièrement utile. Il est même étonnant que l’on ait mis si longtemps à l’organiser, alors qu’un tiers des femmes n’en font jamais, tandis qu’un autre tiers s'y soumet tous les ans, alors que le délai recommandé après un frottis normal est de trois ans

Trois ans,  le délai idéal

On croit souvent à tort que faire des frottis tous les ans est préférable. Ce n'est pas le cas : on est à peine plus efficace en prévention des cancers évolués, en revanche, on augmente beaucoup le surdiagnostic, c’est à dire la découverte intempestive de lésions cancéreuses qui auraient disparu spontanément : plus on regarde souvent, plus on risque de "tomber" sur ces lésions cancéreuses éphémères, et d’opérer des femmes inutilement. Heureusement, il s’agit d’interventions plutôt bénignes, consistant à enlever un petit fragment du col de l’utérus, mais moins on en fait pour rien, mieux c’est bien sûr.

Et d’ailleurs, à propos de cette notion de surdiagnostic, il faut que je vous reparle de la mammographie de dépistage car Agnès Buzyn est particulièrement concernée. J'ai signé l'appel du collectif de scientifiques qui ont interpellé Agnès Buzyn à propos de la brochure d’information sur la mammographie, éditée par l’INCa, l’institut national du cancer.

Le rapport de la Concertation citoyenne de 2016 sur la mammographie n'a pas été pris en compte

La Concertation citoyenne organisée par Marisol Touraine en 2016 avait conclu à la nécessité de mieux informer les femmes sur les avantages et les inconvénients du dépistage du cancer du sein. Or l’INCa n’en a tenu aucun compte et a produit une information qui relève du marketing, et qui n’apporte pas l’information honnête et transparente qui avait été demandée par le rapport final de la Concertation citoyenne. Or, je citais  il y a 15 jours notre ministre qui affirmait que sa vision de la santé publique consistait à informer les gens, pour qu’ils puissent prendre eux-mêmes, les bonnes décisions pour leur santé. Il faudrait donc que la Ministre demande l’INCa de produire une information neutre, qui permettra enfin aux femmes françaises, (c’est déjà le cas pour les anglaises), de décider en toute connaissance de cause si elles se prêtent ou non au dépistage du cancer du sein par mammographie. Agnès Buzyn connait bien le dossier car elle dirigeait encore l’INCa il n’y a pas longtemps. 

Sera-t-on un jour capable en France d'informer loyalement le public pour l'aider à prendre de bonnes décisions ? Ou va-t-on continuer à biaiser l'information pour le convaincre de suivre les recommandations sanitaires ? 

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