La supplémentation en Vitamine D est parée de nombreuses vertus : renforcement des os, protection contre les infarctus, les AVC ou les cancers, amélioration du bien-être... Une étude récente s'est penchée spécifiquement sur son rôle protecteur contre les cancers ou les accidents cardiovasculaires.

Compirmés de vitamine D
Compirmés de vitamine D © AFP / Justin Sullivan

Je vous ai parlé l’année dernière de la surprenante absence d’intérêt de la prise de Vitamine D pour prévenir les fractures osseuses. Mais, les défenseurs de Vitamine D continuaient à prétendre qu’elle prévenait aussi de nombreuses maladies, dont les cancers, les infarctus et les accidents vasculaires cérébraux.

Comme souvent, la réponse nous vient des USA, sous la forme de la publication dans le New England Journal of Medicine des résultats d’une gigantesque étude pilotée par l’Université Harvard.  : 25871 sujets ont été répartis par tirage au sort en deux groupes, l’un prenant de la Vitamine D et l’autre un placebo, et suivis ensuite pendant 5 ans. 

Pas de différence significative

Aucune différence significative n'a été observée entre les deux groupes sur les critères primaires prévus dans le protocole : à savoir les cancers et les accidents cardiovasculaires. Ce résultat négatif, conduit les auteurs à conclure :  “Dans notre étude, la prise de fortes doses de Vitamine D pendant 5 ans n’a pas réduit le risque de cancer ou d’accident cardiovasculaire”. Cette phrase est importante : Ils ne disent pas “la vitamine D ne réduit pas le risque de cancer ou d’infarctus, mais la vitamine D n’a pas réduit ce. Cet emploi du passé signifie qu’à l’avenir, une autre étude pourrait montrer le contraire, et c’est d’ailleurs  plausible : Si l'on s’intéresse, non plus aux cancers apparus pendant les cinq ans de suivi, mais aux décès par cancer : le risque diminue de 17% chez ceux qui prennent 2000 unités de Vitamine D par jour, et même de 25% si on ne s’intéresse qu’aux trois dernières années de suivi. 

L'étude n'a duré que 5 ans

Malheureusement, ces 17% ne sont pas significatifs sur le plan statistique, car le risque pour que cette baisse observée dans l’étude soit liée au seul hasard est supérieure à 5%, seuil habituellement retenu pour considérer un résultat comme significatif. Mais personne ne peut dire ce qui serait advenu si l’étude avait duré 10, 15 ou 20 ans au lieu de 5 ans, durée qui se rapprocherait d’une utilisation réelle de suppléments en vitamine D. Et cette réduction de mortalité par cancer de 17% en 5 ans aurait aussi bien pu progresser et atteindre par exemple 40%, que rester identique, voire régresser. Donc, cette étude ne donne qu’un résultat mitigé, qui prouve pas l’effet préventif d’un apport de Vitamine D sur les cancers ou les infarctus, mais qui ne prouve pas non plus que cet effet n’existe pas. 

La science est parfois décevante, mais elle a souvent besoin de temps. J’espère que les sujets de cette étude continuent à être suivi, et que nous aurons dans 5 ou 10 ans, une réponse plus précise à cette question.

En attendant, il ne paraît pas raisonnable de prendre de la Vitamine D, qui n’a rien d’anodin, quand on est un adulte bien portant. Même le dosage sanguin de la Vitamine D est déconseillé car il ne permet  pas de savoir si on en manque ou pas, le taux idéal variant beaucoup d’une personne à l’autre. Et on ne peut même pas recommander le bronzage intensif à cause du terrible mélanone. Finalement, ne rien faire et ignorer le débat sur la Vitamine D est peut-être actuellement la meilleure solution.

Source :
Manson, JoAnn E., et al. "Vitamin D supplements and prevention of cancer and cardiovascular disease." New England Journal of Medicine 380.1 (2019): 33-44.

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