Le mois d'octobre est traditionnellement associé à la promotion du dépistage du cancer du sein, mais une étude scientifique relance la controverse sur la mammographie systématique.

Les petits cancers détectés à la mammographie et confirmés par la biopsie disparaissent souvent sans traitement ou n'évoluent jamais
Les petits cancers détectés à la mammographie et confirmés par la biopsie disparaissent souvent sans traitement ou n'évoluent jamais © Getty / Media for Medical

La réalité scientifique autour du dépistage du cancer du sein est beaucoup moins rose que la promotion dont il est l'objet : ce dépistage est loin d’être anodin. Si quelques femmes sont réellement sauvées par une mammographie systématique après 50 ans, d’autres, plus nombreuses, sont traitées lourdement pour des tumeurs qui n’auraient jamais évolué. Les femmes ignorent souvent que les petits cancers détectés à la mammographie et confirmés par les biopsies disparaissent souvent sans traitement ou n’évoluent jamais. Cette réalité, qui conduit à un surtraitement, est à l’origine d’une controverse croissante sur le rapport bénéfice/risque de la mammographie de dépistage . Marisol Touraine avait lancé en 2016, comme pour les vaccins, une grande concertation citoyenne pilotée par l’Institut National du Cancer.

Le rapport du Comité d’orientation de cette concertation concluait que l’information des femmes sur les bénéfices et les inconvénients de ce dépistage était très insuffisante, et que face aux incertitudes, il convenait de rediscuter le dépistage organisé systématique. Cette recommandation dérangeante n’a malheureusement pas eu de suite. Bien au contraire, les partisans du dépistage organisé avancent que si son bénéfice en terme de vies sauvées est modeste, si le surtraitement est une réalité, un diagnostic précoce permet des traitements plus légers, et notamment un recours moins fréquent à l’ablation du sein, la terrible mastectomie.

Or une étude publiée dans le prochain numéro de la revue Médecine et en accès libre depuis ce matin démontre avec beaucoup de rigueur que l’introduction du dépistage organisé en 2004 est à l’origine d’une augmentation et non d’une diminution des mastectomies ! Ce travail a été réalisé par le collectif Cancer Rose qui associe des médecins et des scientifiques qui prônent une meilleure information des femmes incitées au dépistage du cancer du sein. Ils ont utilisé les données de l'Assurance maladie qui comptabilisent les mastectomies réalisées tous les ans depuis 2000.

Cette publication est un pavé dans la mare du dépistage mammographique systématique, qui devrait conduire le Ministère de la Santé et l'INCa à tenir compte des recommandations de la Concertation Citoyenne qu'ils ont organisée.

Source : Vincent Robert, Jean Doubovetzky, Annette Lexa, Philippe Nicot, Cécile Bour. Le dépistage organisé permet-il réellement d’alléger le traitement chirurgical des cancers du sein ? Médecine. doi:10.1684/med.2017.233

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