L'hydrochlorothiazide, un des médicaments les plus utilisés dans le traitement de l'hypertension artérielle, augmente fortement le risque de cancer cutané. Il ne s'agit pas du redoutable mélanome, mais de cancers localisés à évolution très lente et donc peu dangereux. Faut-il le retirer du marché ?

Un médecin peut-il prescrire des médicaments cancérigènes ?
Un médecin peut-il prescrire des médicaments cancérigènes ? © Getty / Zero Creatives

Nous consommons régulièrement des aliments cancérigènes, comme ceux qui sont grillés ou fumés par exemple. C’est une prise de risque assumée, faible, que chacun met en balance avec son plaisir gustatif.  

Pour les médicaments, le principe est le même : la mise en balance d’un risque et d’un bénéfice. L’affaire des hormones de la ménopause est emblématique. Elles ont été prescrites et quasiment imposées aux femmes pendant des années, jusqu’à ce qu’on découvre qu’elles augmentent légèrement le risque de cancer du sein. Mais une femme très handicapée par les symptômes de la ménopause et bien informée peut décider de prendre quand même des hormones : toujours la mise en balance du risque et du bénéfice, et une décision qui doit impliquer la personne concernée. 

Un médicament qui traite l'hypertension augmente le risque de certains cancers de la peau

Une petite bombe est tombée la semaine dernière : un diurétique très utilisé pour traiter l’hypertension artérielle, qui s’appelle l’hydrochlorothiazide, quadruple le risque de certains cancers de la peau. Alors attention, il s’agit de cancers qui restent localisés, des sortes de petites verrues, qui n’ont rien à voir avec les mélanomes. Il suffit de les enlever et le seul préjudice est une cicatrice, qui malheureusement touche souvent le visage, mais rarement avant 50 ans. Or, l’hydrochlorothiazide est largement prescrit : des millions de français le prennent au quotidien. Il est commercialisé seul sous la marque ESIDREX, mais il est surtout présent en association avec d’autres médicaments sous différents noms de marque, il suffit de regarder la composition sur la boîte.  

Si les autorités sanitaire le laissent sur le marché, c'est toujours à cause de la balance bénéfice/risque. C’est l’un des plus anciens, des plus efficaces, des plus étudiés des traitements de l’hypertension artérielle. C’est aussi le moins cher : 1 à 2 euros par mois ! 

Faut-il le retirer du marché ?

Son retrait pourrait avoir des conséquences négatives sur la prévention des accidents vasculaires cérébraux liés à l’hypertension. Les autorités sanitaires sont donc très ennuyées face à cette découverte. Il n’existe pas de possibilité de substitution avec un autre diurétique suffisamment étudié pour être certain qu’il n'est pas cancérigène. Un retrait pourrait avoir un impact bien plus grave que son maintien sur le marché :  une épidémie d'AVC. En attendant, il va falloir expliquer tout cela à chaque patient. Certains, effrayés par le mot cancer, voudront sans doute changer de médicament. 

Espérons que nous pourrons à terme disposer d’une alternative fiable, car l’enjeu est de taille : l’hypertension artérielle est vraiment un fléau majeur. En attendant, il est nécessaire d’inspecter régulièrement la peau, surtout au visage, des gens qui ont pris ou qui prennent ce médicament.

Liste des médicaments contenant de l'hydrochlorothiazide 

Communiqué de l'Agence du Médicament

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