Deux nouvelles publications scientifiques alimentent la controverse sur la mammographie de dépistage du cancer du sein. Le surdiagnostic et le surtraitement pourraient concerner la moitié des cancers dépistés.

Deux nouvelles publications scientifiques alimentent la controverse sur la mammographie de dépistage du cancer du sein.
Deux nouvelles publications scientifiques alimentent la controverse sur la mammographie de dépistage du cancer du sein. © Getty / BSIP

La première vient d’être publiée dans le British Medical Journal par l’équipe lyonnaise du Pr Autier. Il s’agit d’une évaluation de l’impact du dépistage mammographique aux Pays-bas. Les données ne soutiennent pas l’idée pourtant répandue d’une diminution significative de la mortalité par cancer du sein attribuable à ce dépistage. Mais surtout, elles confirment l’existence d’un surdiagnostic important. En effet, le nombre de cancers graves n’a pas diminué depuis 1989, alors que celui des petits cancers localisés a plus que doublé. Cette distorsion est typique de l’impact d’un dépistage contestable : on découvre, et surtout on traite lourdement, des petites lésions cancéreuses qui n’auraient jamais évolué, et on ne fait pas baisser le nombre de cancer graves. Cet écueil qui guette tous les dépistages est appelé surtraitement, et cette étude démontre que ce surtraitement concerne une femme sur deux chez qui un cancer du sein a été dépisté (le diagnostic mammographique chez une femme qui sent une anomalie dans son sein est un autre sujet, différent du dépistage qui concerne lui des femmes qui ne se plaignent de rien)

Cela signifie que parmi les femmes traitées après découverte d’une lésion cancéreuse grâce au dépistage, et donc en l’absence de symptôme, une sur deux n’en aurait jamais souffert de son vivant et aurait pu éviter l’ablation d’un sein ou une radiothérapie éprouvante.

Chez une femme sur dix décédée d'un accident ou d'une maladie, l'autopsie retrouve des lésions cancéreuses  dans leurs seins

Une deuxième publication récente renforce cette crainte. Elle concerne des autopsies réalisées sur les seins de femmes décédées d'un accident ou d’une maladie sans rapport avec le cancer du sein. En compilant les données disponibles, une équipe australienne a montré que les seins de deux femmes sur dix portent des lésions cancéreuses ou inquiétantes qui auraient conduit à un traitement radical si ces lésions avaient été découvertes de leur vivant, soit beaucoup plus que ceux qui sont effectivement diagnostiqués. En comparant ces chiffres avec les statistiques des cancers, les chercheurs concluent également à un taux de surtraitement de l'ordre de 50%, c'est à dire que le dépistage mammographique révèle souvent des lésions que l’on aurait mieux fait d’ignorer.

Il est nécessaire que les femmes soient correctement informées de cette réalité, comme le recommandait le rapport de la Concertation citoyenne.  Il ne s’agit pas d’arrêter les mammographies de dépistage, mais d'expliquer clairement que pour une femme sauvée par le dépistage, seize seront traitées pour des lésions non évolutives. À chaque femme d'en parler avec son médecin. (Une sur seize et non une sur deux, car parmi les cancers évolutifs dépistés, nombreux sont ceux qui auraient provoqué des symptômes en l'absence de dépistage, et qui auraient été soignés et guéris malgré un diagnostic plus tardif).

Sources scientifiques

AUTIER, Philippe, BONIOL, Magali, KOECHLIN, Alice, et al. Effectiveness of and overdiagnosis from mammography screening in the Netherlands: population based study. bmj, 2017, vol. 359, p. j5224.

THOMAS, Elizabeth T., DEL MAR, Chris, GLASZIOU, Paul, et al. Prevalence of incidental breast cancer and precursor lesions in autopsy studies: a systematic review and meta-analysis. BMC cancer, 2017, vol. 17, no 1, p. 808.

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