La stéatohépatite non alcoolique, ou maladie du soda, est une inflammation du foie lié à sa surcharge en graisses. La journée du 12 juin 2018 lui était consacrée dans le but de sensibiliser le public à cette nouvelle maladie. Mais comment expliquer cet engouement subit pour une affection aussi rare ?

La NASH, ou maladie du soda, est sous le feu des projecteurs désormais
La NASH, ou maladie du soda, est sous le feu des projecteurs désormais © Getty / Sorapong Chaipanya / EyeEm

L'hépatite chronique non alcoolique, NASH pour les intimes, a envahi le PAF et la presse le 12 juin. Encore inconnue du public et même de beaucoup de médecins il y a quelques années, elle est désormais présentée comme une épidémie, un problème de santé publique majeur justifiant une mobilisation sanitaire générale.

Cette médiatisation intense est surprenante pour une maladie aussi rare, bien que les spécialistes nous promettent des centaines de milliers de décès dans les années qui viennent. Pour comprendre ce paradoxe, il faut lire la presse économique et non la presse scientifique. 

Le chiffre d'affaire actuel du traitement de la NASH est actuellement nul, faute de médicament commercialisé. Mais cela ne saurait durer car plusieurs dizaines de médicaments sont en cours de développement. Les analystes prévoient un chiffre d'affaire mondial de 60 milliards de dollars dans 10 ans

Un concept d'origine française

L'avenir dira si nous sommes face à un phénomène de disease mongering, qui consiste à  "élargir les descriptions nosographiques des maladies tout en y sensibilisant le grand public afin d'augmenter le marché de certains fournisseurs de traitements contre ces mêmes maladies". Honneur à la France, c’est  Jules Romains qui formalisé le concept il y a presque un siècle

Dans le cas de la NASH, on part d’un phénomène très banal : la présence de graisse dans le foie. On brandit ensuite le risque (rare) d’évolution de ce foie gras en cirrhose (qui elle est une vraie maladie grave), et on suggère de traiter préventivement des millions de sujets. 

Les analystes de la banque Goldman Sachs ont publié il y a deux mois une recommandation terriblement cynique : les industriels devraient arrêter de s’intéresser aux médicaments qui guérissent les gens, c’est peu rentable car le nombre d’utilisateurs diminue très vite. Le véritable Graal pharmaceutique, c’est le médicament destiné à une maladie chronique, fréquente, qui touche des populations solvables, et qui ne guérit jamais. À mots couverts, les analystes laissent entendre que faute de maladie existante, il ne faut pas hésiter à innover ; faut-t-il pour autant en inventer ?

Pour en savoir plus, lire l'article du Dr Dupagne sur son blog.

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