La consommation de poissons gras est plus importante dans certaines populations où les infarctus sont rares. De ce constat est née l'hypothèse d'un effet protecteur sur le coeur des huiles de poissons riches en omega3. Une synthèse récente des études publiées ne confirme pas cette hypothèse.

Le poisson est probablement préférable à la viande, alors autant en manger si on aime ça, mais inutile de se forcer pour autant
Le poisson est probablement préférable à la viande, alors autant en manger si on aime ça, mais inutile de se forcer pour autant © Getty / Enn Li Photography

Beaucoup de nos certitudes alimentaires s’écroulent en ce moment. Dernière victime en date,  l’huile de poisson gras, complément alimentaire prôné depuis quarante ans pour prévenir l’infarctus. Malheureusement (ou heureusement pour les poissons) une synthèse  récente et particulièrement solide ne met pas en évidence d'effet bénéfique de l’huile de poissons gras sur le coeur. On commençait à avoir des doutes depuis quelques années, mais cette meta-analyse clôt définitivement le débat à partir d'une dizaine d'études de bonne qualité..

Un mythe construit sur un mythe !

C’est une histoire très instructive qui montre comment un mythe peut se construire sur un autre mythe. Elle commence au nord du Groenland en 1976.

Ce gigantesque désert glacé est habité par des inuits, qu’on appelait esquimaux à l’époque. Leur alimentation est très particulière : beaucoup de viande de mammifères marins et de poissons gras, avec de la graisse de phoque comme légume et de la peau de narval (riche en vitamine C) comme dessert !

Pourtant les inuits semblaient être épargnés par les maladies cardiovasculaires (cette donnée a été contestée depuis). Comment expliquer ce mystère ? À l’époque, l’hypothèse des graisses animales  toxiques pour le coeur faisait loi. Encore plus incompréhensible, les inuits avaient un taux de cholestérol anormalement faible en regard de ce désastre diététique (apparent) dont la seule évocation faisait d’évanouir les cardiologues. 

Et donc, aveuglé par le gras qu’ils avaient dans les yeux, les chercheurs ont mis en avant la présence protectrice de graisses polyinsaturées particulières, dites “omega 3”, dans la chair des poissons gras pour expliquer le paradoxe inuit. De cette hypothèse est née la mode des compléments alimentaires aux huiles de poissons pour protéger le coeur .

Une fausse piste

En fait, les chercheurs auraient mieux fait de s’intéresser à ce que les inuits ne mangeaient pas ! Et le grand absent qui a été négligé, c’est le sucre ! À part quelques baies comestibles au coeur de l’été, le sucre était totalement absent de l’alimentation des inuits. En revanche,  depuis que les "bienfaits de la civilisation" leur ont fait découvrir les aliments sucrés et les sodas, leur taux d’infarctus monte en flèche. Bien sûr, d’autres facteurs comme l’oisiveté et le tabac entrent en jeu, mais la protection du coeur des inuits était sans doute beaucoup plus liée à l’absence de sucreries qu’aux omega 3.

On aurait pu s’en douter devant le taux d’infarctus très élevé chez les nordiques, grands consommateurs de harengs et de saumon ! La méta-analyse publiée par une équipe internationale dans le JAMA et ne trouve aucune différence significative entre le taux d’accidents cardiaques chez les sujets recevant l’huile de poisson et ceux recevant le placebo. Comme l’hypothèse de départ était fausse, ce n’est pas vraiment étonnant. Ce qui est amusant dans cette publication, c'est la différence de résultat entre les études en double aveugle et celles en simple aveugle : lorsque ni le médecin ni le patient ne savaient qui prenait le placebo ou le vrai complément alimentaire avant l'analyse des résultats, ceux-ci étaient beaucoup moins en faveur d'une efficacité de l'huile de poisson que lorsque seul le patient était "aveugle" vis-à-vis de la nature de son traitement... 

Et pour ce qui est de la consommation de poisson ?

Cette étude ne s'intéresse qu'aux compléments alimentaires contenant de l’huile de poisson, et non au poisson lui même, cuisiné et servi dans nos assiettes. Sur cet aspect, nous n’avons pas d’études randomisées et il est très difficile d’interpréter les données des études d’observation bourrées de biais statistiques. Tout ce que l’on peut dire, c’est que le poisson est probablement préférable à la viande, alors autant en manger si on aime ça, mais inutile de se forcer pour autant, et il reste toujours l'option de ne pas manger de viande à chaque repas !

Références scientifiques :

Aung T, Halsey J et coll. Associations of Omega-3 Fatty Acid Supplement Use With Cardiovascular Disease RisksMeta-analysis of 10 Trials Involving 77 917 Individuals. JAMA Cardiol.  Published online January 31, 2018. doi:10.1001/jamacardio.2017.5205

Rapport détaillé de l'ANSES  ACIDES GRAS DE LA FAMILLE OMÉGA 3 ET SYSTÈME CARDIOVASCULAIRE : intérêt nutritionnel et allégations. 

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