À l’inverse de l’effet placebo qui soulage, l’effet nocebo provoque des symptômes désagréables. Cet effet est lié à l’image du médicament : présenté négativement ou redouté par le patient, son efficacité sera altérée et ses effets indésirables augmentés.

Je vous ai raconté la semaine dernière que la commercialisation de la nouvelle formule du LEVOTHYROX  en Suisse s’est bien passée, contrairement à ce que nous avons connu en France. Pourtant, le médicament est strictement identique. Il est donc probable que l’effet nocebo explique au moins partiellement les problèmes constatés en France.

Des troubles imaginaires ?

Absolument pas ! C’est justement l’erreur à ne pas commettre. Les douleurs, vertiges, fatigue intense, diarrhée, baisse de tension sont bien réels ! L’effet nocebo modifie notre fonctionnement cérébral, notre seuil douloureux,  notre métabolisme ou encore nos équilibres hormonaux. Ce n’est pas du “chiqué” et encore moins des manifestations hystériques survenant chez des personnalités fragiles. Tout le monde peut être concerné.

Je vais vous donner quelques exemples particulièrement démonstratifs tirés en partie d’un billet de blog de mon confrère Jean-Marie Vailloud.

Le premier concerne un homme qui participait à un essai clinique concernant un antidépresseur. Cet essai était en aveugle, c’est à dire que les patients volontaires pour l’étude ne savaient pas s’ils prenaient le vrai médicament ou le placebo inactif. Cet homme a fait une tentative de suicide en avalant 29 comprimés, mais pris de remord, il a appelé les secours qui l’ont amené à l’hôpital dans un état critique : sa tension était descendue à 8 . Il était livide, en sueur. Il a été pris en charge rapidement, et malgré la perfusion de plusieurs flacons de sérum, sa tension artérielle peinait à remonter. Pendant ce temps, les médecins ont contacté les organisateurs de l’étude pour savoir s’il avait avalé 29 comprimés d’antidépresseur ou de placebo. C'était le placebo ! Lorsque le patient l’a appris, tous ses symptômes ont disparus en un quart d’heure et sa tension est remontée.

L'effet nocebo est difficile à admettre quand on en est victime

Quand les gens ont vécu un effet nocebo, ils n’y croient pas, même avec la preuve sous les yeux.

Parfois, l’effet placebo et l’effet nocebo sont intriqués. Des chercheurs du MIT ont enrôlé des étudiants pour tester un médicament présenté comme un antidouleur efficace. Les étudiants ont été séparés en deux groupes. Au premier, on annonçait que le médicament coûtait deux dollars, à l’autre qu’il n’avait coûté que dix centimes grâce à un rabais important. Mais dans les deux cas, le comprimé était un placebo inactif ! 

Les étudiants ont mieux supporté la douleur dans les deux groupes, c’est l’effet placebo ; mais dans le groupe du médicament à dix centimes, le soulagement a été beaucoup moins net,  à cause de l’effet nocebo induit par le caractère dévalorisant d’un médicament "soldé". C'est typiquement ce qui explique que des patients ressentent moins d'efficacité avec les médicaments génériques.

Effet nocebo par personne interposée

Autre exemple d’intrication entre l’effet placebo et nocebo, cette fois par personne interposée : dans un EHPAD, on a donné aux infirmières un stock de placebos présentés comme un nouvel antidouleur très puissant, mais qui pouvait parfois provoquer des diarrhées. Un mois après, les infirmières ont rendu les comprimés restants en disant : “votre médicament est très efficace sur la douleur, mais ils ont tous la diarrhée et on en a marre de les changer tout le temps”*.

Donc, l’effet nocebo est une réalité ; il peut être puissant et expliquer de nombreux troubles ressentis avec les médicaments et il n’a rien d’infâmant pour ceux qui en sont victimes.

* J'ai lu cette étude ancienne il y a 40 ans et je n'ai pas retrouvé sa source. 

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