Les nouveaux traitements des cancers coûtent de plus en plus cher. Lorsqu'il ne s'agit pas de guérir, mais de prolonger la fin de vie de quelques semaines, ces dépenses sont elles prioritaires face à d'autres besoins sanitaires majeurs, alors que l'enveloppe globale est limitée par la Loi ?

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Médicaments © Getty

Le coût de certains traitement anticancéreux commence à poser problème. L'ONDAM est l’acronyme de l’Objectif National des Dépenses d’Assurance Maladie. C’est l’enveloppe budgétaire que le parlement attribue aux dépenses de santé remboursées par l'Assurance-maladie. L'ONDAM n'est pas fixé en fonction des besoins sanitaires, mais des ressources financières espérées, soit environ 200 milliards d’euros.Parmi les postes de dépense qui augmentent le plus figurent le traitement des cancers. Or, de plus en plus, le coût individuel de certaines chimiothérapies se chiffre en dizaines de milliers d’euros .  

Trois sortes de traitement anticancéreux

Il existe grosso modo trois types de traitements anticancéreux. Commençons par ceux qui permettent d'obtenir des guérisons définitives. Pour l’instant, il n’est heureusement pas question de discuter leur coût. Viennent ensuite les traitements destinés aux cancers trop évolués pour être éradiqués, mais qui permettent d’obtenir une rémission prolongée chez certains malades : le cancer devient alors une maladie chronique, contrôlée pendant 5, 10 ou 20 ans, avec une qualité de vie acceptable. Là encore, même si ces traitements coûtent de plus en plus cher, personne ne discute leur bien-fondé. 

C’est la troisième catégorie qui pose problème : les traitements qui permettent au mieux une courte prolongation de la survie chez des malades atteints des cancers incurables : quelques semaines ou quelques mois dans le meilleur des cas. Ce bénéfice, bien sûr important pour le malade et sa famille, devra un jour être mis en balance avec la part de l’ONDAM qui leur sera attribuée aux dépens d'autres priorités sanitaires . Ce sont des choix terribles, mais face à la misère dans les EHPAD et des hôpitaux, ou à la désertification médicale, la question de la priorité budgétaire accordée à ces quelques semaines de survie, qui coûtent des centaines de millions d’euros (et bientôt des milliards), se posera inéluctablement.

L'exemple du Radium 233

Prenons l'exemple du cancer de la prostate évolué, c’est à dire avec des métastases osseuses. Il se contrôle généralement très bien pendant une quinzaine d’années avec des traitements simples et peu coûteux, comme on a pu le constater avec François Mitterrand. Malheureusement le cancer finit par "échapper" à ces médicaments de première ligne et d’autres traitements sont alors proposés, qui coûtent 3000 euros par mois ! Récemment, des cancérologues et des associations de malades ont milité pour le  remboursement d’injections de Radium 233 (XOFIGO), sorte de radiothérapie "interne" à 5000 euros l’ampoule mensuelle. Ce radium 233 permet d’augmenter la survie de 3 mois en moyenne chez des hommes qui décèdent tous dans un délai de 3 ans, avec ou sans traitement

Si la majorité des 50.000 hommes en phase terminale de leur cancer prostatique (et qui ont donc en moyenne 80 ans), bénéficiaient de ce radium 233, cela coûterait un milliard d’euros tous les ans à l'Assuranc-maladie. Où va-t-on prélever ce milliard d'euros puisque l’enveloppe globale n’est pas extensible ?  Question terrible qu'il va bien falloir se  poser un jour, et cela va être douloureux. Comment choisir les priorités : laisse-t-on les vieux mourir dans les EHPAD faute de personnel ? Finance-on des solutions contre la désertification médicale ? Ou faut-il s’interroger sur la pertinence de traitements hors de prix qui prolongent légèrement une vie dont la fin est malheureusement proche et inéluctable ? Et qui va arbitrer ces priorités ? Beaucoup de polémiques en perspective.

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