L’enseignement médical français possède une caractéristique très particulière : les professeurs de médecine sont enseignants par défaut et non par choix ! Depuis la réforme de 1958, l'obligation d'enseigner est associée au plus haut grade de la médecine : le PU-PH, le "patron" hospitalier qui est donc un "professeur".

Avant 1958, il existait une double filière de formation.D’une part l’université pour la majorité des étudiants, avec des professeurs qui n’exerçaient pas à l’hôpital et qui ne bénéficiait d’aucun prestige. Ces étudiants recevaient essentiellement une formation théorique.

D’autre part l’hôpital qui accueillait les étudiants ayant réussi les concours de l’externat puis de l’internat, et où des patrons réputés enseignaient au lit du patient, le matin, avant de rejoindre leur clientèle privée en ville l’après-midi. Cet enseignement hospitalier ne concernait alors qu’une minorité d’étudiants qui snobaient l'enseignement universitaire et préparaient les concours avec des conférenciers privés.

Le patron devient un "professeur", hospitalo-universitaire à plein temps

En 1958,  Robert Debré lance une véritable révolution : la fusion des fonctions d’enseignant universitaire, de chercheur et de médecin des hôpitaux. Ces médecins que l’on appelle désormais avec déférence "professeurs" constituent la nouvelle élite, le sommet de la hiérarchie médicale. Le plein-temps hospitalier leur est imposé, d'où la création du "secteur privé" pour compenser le manque à gagner lié à l'abandon de leurs anciennes activités en ville qui leur est imposé.

L'effet initial fut positif,  et correspond  à un période d’excellence pour la médecine française. Malheureusement, cette réforme recelait deux failles, véritables bombes à retardement. La première a été l’éviction de la médecine de ville, et notamment la médecine générale, d’un enseignement désormais totalement centré sur l’hôpital dont nous payons actuellement les conséquences. Mais surtout, les postes de professeurs ont été attribués aux candidats les plus brillants ou les plus ambitieux, mais qui ne n'étaient pas forcément intéressés ou doués pour l’enseignement. Cela se ressent de plus en plus douloureusement dans les facultés de médecine, où la désinvolture et l’incompétence pédagogique de certains professeurs, devenus enseignants “malgré eux”, fait de gros dégâts chez les étudiants.

Parmi les solutions proposées pour améliorer l'enseignement et  motiver ces professeurs, j’aime bien le principe de l’évaluation des cours par les étudiants.

L'évaluation des cours par les étudiants : une solution pour améliorer l'enseignement de la médecine ?

Le principe est encore très peu répandu. De nombreux professeurs font barrage à ce crime de lèse-mandarin. Il n'y a pas qu'eux : certains enseignants de qualité craignent de subir une évaluation injuste, car subjective, voire faussée par des collègues manipulateurs. Et j’en viens à l’actualité...

Des enseignants allemands ont mis en place une étude pour évaluer l’influence de la distribution de biscuits au chocolat sur la notation des enseignants. Des groupes d’étudiants ont été tirés au sort pour recevoir ou non cookies au chocolat. Les profs qui apportaient une boîte de biscuits ont reçu une meilleure note que les autres ! Leur note était supérieure de 6% en moyenne ! 

Il y a plusieurs façons d’interpréter ce chiffre. Je trouve personnellement que c’est peu, et plutôt rassurant sur le bon sens des étudiants en médecine. Mais d’autres font remarquer que ces 6% peuvent jouer un rôle déterminant dans la carrière d’un professeur débutant. La conclusion pourrait donc être : améliorons l’enseignement grâce à l’évaluation par les enseignés, mais interdisons les cadeaux et les manipulations qui pourraient la fausser.

Source :
Medical Education 2018: 52: 1064–1072 doi: 10.1111/medu.1362

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.