Ce dépistage qui paraît à première vue plein de bon sens est pourtant déconseillé par la quasi totalité des scientifiques

A l'hôpital Tenon, département d'Urologie
A l'hôpital Tenon, département d'Urologie © Getty / BSIP

L’Agence Française de Santé Publique vient de publier le 15 novembre 2016 un dossier à charge contre le dosage de routine du PSA chez l'homme mûr, fréquemment prescrit dans le but de dépister le cancer de la prostate.

La Haute Autorité de Santé et l'Institut National du Cancer ont déjà mis en garde contre les lourdes séquelles urinaires et sexuelles liées aux traitements induits par un dépistage intempestif, alors que ses bénéfices restent hypothétiques. Beaucoup d’hommes ont des cellules cancéreuses dans leur prostate, mais très peu feront un vrai cancer au cours de leur vie.

Un des articles du dossier de l'agence Santé Publique France montre la discordance impressionnante entre les mises en garde officielles et unanimes contre ce dépistage, et sa pratique qui reste massive, puisque 80% des hommes français de plus de 60 ans ont eu au moins un dosage de PSA entre 2013 et 2015.

Cette discordance peut s'expliquer par la méconnaissance des risques associés à ,ce dépistage, et à la difficulté d'expliquer la controverse aux patients. Il existe aussi une demande des patients, qui ont été conditionnés par les campagnes publicitaires des urologues. Mais la principale raison réside dans le glissement du concept de dépistage vers celui de diagnostic précoce.

Le dépistage consiste à rechercher une maladie muette. Le diagnostic précoce au contraire, vise à prendre en charge au plus tôt une maladie qui provoque déjà des symptômes. Mais comme la prostate grossit naturellement avec l’âge (indépendamment de tout cancer) l’homme urine avec de plus en plus de difficulté en vieillissant. Ces symptômes urinaires,d’une grande banalité, sont souvent interprétés à tort comme les signes d’un cancer débutant. Or le dosage du PSA, déjà peu performant pour détecter un cancer chez l’homme asymptomatique, l’est encore moins en cas de gêne urinaire. Ce dosage est malheureusement prescrit systématiquement chez l’homme présentant des troubles urinaires, et cette pratique revient à poursuivre le dépistage sous un autre nom. Le diagnostic précoce du cancer de la prostate n’a aucun support scientifique : les urologues ont toujours martelé que lorsque le cancer de la prostate était suffisamment étendu pour provoquer des symptômes, il était trop tard pour espérer une guérison.

Vis-à-vis du cancer de la prostate, il n’y a actuellement rien d’autre à faire qu’espérer avoir de la chance. Espérons nous puissions un jour détecter et traiter les cancers “dans l’oeuf” sans dégâts collatéraux significatifs, comme celui du col de l’utérus chez la femme. La médecine a encore beaucoup de progrès à faire, et en attendant, protégeons-nous des stratégies médicales qui sont plus dangereuses qu’utiles.

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