Lorsque le médecin cherche plus à se protéger qu'à protéger son patient, il pratique une médecine dite défensive. La peur du procès, où tout simplement des reproches, le conduit à multiplier les examens et les traitements inutiles. Cette dérive née aux USA menace désormais la France.

Qu'est-ce que la médecine défensive ?
Qu'est-ce que la médecine défensive ? © Getty / Courtney Keating

Face à un patient qui s’inquiète de symptômes inhabituels, la bonne médecine consiste à prescrire des examens si nécessaire, ou à rassurer dans le cas contraire. Mais le médecin absorbe alors l’inquiétude du patient, inquiétude qui devient chez lui la peur de s’être trompé, d’avoir rassuré à tort, tandis que le patient quitte le cabinet le cœur léger. Tout l’art médical consiste à gérer l’équilibre entre la prescription abusive d’examens et le risque de passer à côté d’une maladie grave. C’est d’ailleurs pour cela que les grands anxieux font de mauvais médecins, car ils sont envahis par l’angoisse et la communiquent à leurs patients qui sortent de chez eux encore plus inquiets qu’ils n’y sont rentrés.

Mais la médecine défensive va plus loin, car elle intègre la peur du procès. 

Un modèle étatsunien

La médecine défensive est née au USA, où le coût des soins est colossal en grande partie à cause des procès incessants faits aux praticiens, contraints de souscrire des assurances ruineuses et donc de facturer des honoraires élevés. Mais ce ne sont pas ces assurances qui plombent le plus les comptes de la santé étatsuniens, ce sont les examens systématiquement prescrits pour “se couvrir” : radiographies, scanner IRM, bilans sanguins exhaustifs, qui sont de règle devant le moindre symptôme. La priorité du médecin est de se couvrir en cas de procès. La grande majorité des médecins américains déclarent prescrire régulièrement des examens inutiles pour se protéger des avocats.

Non seulement cela coûte cher, mais prescrire des examens inutiles peut être dangereux, car des images d’allure inquiétante entraînent d’autres examens, voire conduisent à une opération, chez un patient qui pourtant, était indemne de tout maladie. Beaucoup de gens pensent qu’ils n’est jamais dangereux de réaliser trop d’examens, qu’il vaut mieux en faire trop que pas assez, or c’est faux, même si c’est difficile à comprendre : un examen intempestif qui révèle une lésion peut conduire à des soins aussi lourds qu’inutiles, car beaucoup de ces lésions n’évoluent jamais ou disparaissent toutes seules.

Comment éviter cette dérive ?

La balle est dans le camp des juges. C’est à eux que je m’adresse. Les magistrats doivent eux-aussi trouver un juste équilibre : sanctionner les médecins fautifs, bien sûr, mais garder en tête cette problématique, car il existera toujours un expert pour dire que le médecin accusé d’erreur médicale aurait dû faire ceci ou cela, mais c’est tellement facile "après". Récemment, un de mes confrères poursuivi par un patient a été condamné pour faute, alors qu’il avait pourtant scrupuleusement suivi les bonnes pratiques médicales officielles. Le juge a malheureusement été influencé par l’expertise à charge d’un professeur, soutien du patient mécontent.

Cette catégorie d'injustice est dévastatrice pour l’exercice médical. Donc, j’exhorte les magistrats à être très vigilants, car la généralisation d’une médecine défensive à l’américaine serait un désastre pour tout le monde.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.