La durée de vie des brevets protégeant les nouveaux médicaments laisse peu de temps aux laboratoires innovants pour rentabiliser leurs investissements. Ils doivent donc réaliser un maximum de chiffre d'affaire avant l'arrivée des génériques, d'où une pression marketing croissante depuis un vingtaine d'années.

Je vous ai raconté mardi dernier l’étonnante coïncidence entre les objectifs marketing du laboratoire NOVARTIS, et une campagne médiatique de sensibilisation à l’insuffisance cardiaque, organisée par la Société Française de Cardiologie alors que le groupe pharmaceutique suisse négocie le prix et le remboursement de son médicament ENTRESTO avec les autorités sanitaires françaises.

Ce médicament fait partie d'une nouvelle classe pharmacologique, mais la première image qui vient à l’esprit, c’est celle du méchant labo prêt à tout pour augmenter ses bénéfices. Or, la réalité est un peu différente.

À la surprise générale, je vais défendre NOVARTIS, en précisant bien sûr que je n’ai aucun lien d’intérêt avec cette société. Le médicament ENTRESTO a montré son efficacité dans une étude très solide, portant sur des milliers d’insuffisants cardiaques. Il a permis de diminuer leur mortalité cardiovasculaire de 20% et leur mortalité toutes causes confondues de 16%, par rapport au traitement actuel de référence.

Un médicament efficace chez certains patients

Il faut néanmoins toujours relativiser le résultat d’une étude : sa portée est limitée à l’échantillon étudié, à savoir des malades atteints d’une forme modérée d’insuffisance cardiaque, et âgés en moyenne de 64 ans, c’est à dire plutôt jeunes pour cette maladie. Mais chez ces patients, ENTRESTO démontre donc une supériorité incontestable par rapport au traitement de référence, et la fréquence de ses effets indésirables semble à peu près identique.

Les qualités intrinsèques de ce médicament devraient donc suffire à assurer son succès ? Pas si simple ! Il y a trente ans, NOVARTIS se serait contenté de présenter son médicaments aux cardiologues puis aux généralistes, et d’acheter des pages de publicité dans les revues médicales. Les médecins n’aiment pas changer leur habitudes et ils sont lents à adopter les nouveaux médicaments, même quand ils apportent un progrès réel. Et donc, pour un médicament comme l’ENTRESTO, il faut environ dix ans pour obtenir des parts de marché significative, mais à l’époque, rien ne pressait.

Tout à changé avec l'irruption des génériques :  dix ans, c’est la durée de vie du brevet  qui protège un médicament après sa commercialisation. Après dix ans, les génériques arrivent et le chiffre d’affaire du médicament original s’effondre.

Les partenariats deviennent malheureusement incontournables

Donc, si NOVARTIS se contentait de présenter son nouveau médicament aux médecins et de patienter en attendant qu'il trouve sa place dans leurs ordonnances, il ferait le jeu des génériqueurs. Cette fenêtre d’exclusivité limitée impose donc aux laboratoire une campagne de lancement très agressive pour leurs nouveaux médicaments, afin d'accélérer l’évolution des prescriptions. Les partenariats avec les sociétés savantes deviennent incontournables pour influencer les patients et par ricochet, les médecins.

Alors parfois, le médicament est sans intérêt et la maladie qu’il prévient est montée en épingle par une habile campagne de presse. Ça c’est le mal ! Mais lorsque la maladie est un vrai problème de santé publique, lorsque le médicament est utile, et même si je réprouve la méthode, je suis forcé d’être plus compréhensif car le laboratoire n’a tout simplement  pas le choix s’il veut survivre.

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