En abaissant à 13/8 le seuil qui définit l’excès de pression artérielle, l’Association des cardiologues américains crée une polémique en transformant le tiers des adultes américains en malades hypertendus devant prendre un traitement quotidien. Le Dr Knock n’est pas loin !

Il n'existe pas de tension normale
Il n'existe pas de tension normale © Getty / Science Photo Library

La pompe cardiaque fonctionnant par contractions successives, la pression dans les artères est maintenue entre deux battements par l’élasticité de leur paroi, mise en tension comme celle d'un ballon, d’où le terme de tension artérielle. Le premier chiffre correspond au maximum de la pression, et le deuxième au minimum entre deux battements. 

Pour des raisons historiques, cette pression est encore exprimée en centimètres de mercure. Une pression de "13" est une pression artérielle équivalente à celle exercée par une colonne de mercure de 13 cm. Même chose pour le deuxième chiffre : pendant le repos cardiaque, la pression résiduelle est suffisante pour faire monter du mercure de 8 cm dans un tuyau transparent qu'on relierait à une grosse artère. 

Il n'existe pas de tension "normale"

L'idéal est autour de 10 pour le premier chiffre et  de 6 pour le deuxième, mais cela ne veut pas dire qu’il existe une tension artérielle normale. En fait, on sait que le risque cardiovasculaire, et surtout le risque d’accident vasculaire cérébral, augmente avec la tension artérielle. Il vaut mieux avoir 10 que 11, 11 que 12, 12 que 13 etc. Mais le risque d’AVC accélère à partir de 15, et devient majeur à 18. Il faut préciser qu’une poussée de tension, même à 20, n’est pas très inquiétante, ce qui compte, c’est l’hypertension dans la durée, qui aboutit à durcir les artères puis à les boucher, et non pas à provoquer une rupture et une hémorragie à l'occasion d'un pic de pression, situation beaucoup plus rare.

C'est le seuil très bas qui crée la polémique

En fixant à 13 pour le premier chiffre, et à 8 pour le deuxième, les seuils à partir desquels un traitement devient nécessaire, on transforme le tiers des adultes en malades devant prendre un médicament à vie. Or, ce qui définit l’hypertension, c’est en fait le seuil à partir duquel un traitement médicamenteux a prouvé qu’il avait plus d’avantages que d’inconvénients. C’était jusqu’ici le cas pour une tension supérieure ou égale à 14/9. Or la recommandation américaine de baisser ce seuil à 13/8 ne se fonde pas sur des preuves solides. Ils y vont donc un peu fort. Pour les détails, lire l’excellent article du blog médical Perruche en Automne, rédigé par un professeur de néphrologie, qui inspire souvent mes chroniques. 

Faut-il écarter ces recommandations ?

Il faut juste les relativiser. Leur intérêt est de rappeler qu’il ne suffit pas de prendre un médicament pour son hypertension, il faut vraiment la faire baisser, et 13 est un meilleur objectif que 14 quand on part de 15 ou 16. En revanche, ceux qui ont 13 de tension maximale (systolique) et 8 de tension minimale (diastolique) sans traitement n’ont pas forcément besoin de médicament. Il faut toujours commencer par faire régulièrement de l'exercice et ne pas manger trop salé.

L’élément positif de ces recommandations est surtout le rappel des conditions optimales de prise de la tension artérielle, et notamment : assis face à un table et non allongé, détendu, sans que ni le médecin, ni le patient ne parlent pendant la mesure...

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